« Il se mit à les instruire longuement. » (Marc 16, 34)

« Il se mit à les instruire longuement. » (Marc 16, 34)

    Voilà : nous avons passé une année avec Jésus, écoutant sa parole dimanche après dimanche. Il n’a jamais fini de nous instruire, car nous n’entendons pas bien ce qu’il dit : nous avons déjà un avis sur ce qu’il devrait être, sur ce qu’il devrait faire.

    Alors qu’on veut lui concéder le pouvoir et la gloire tels que nous les concevons, Jésus refuse d’être ce « roi de nos rêves ». Il ne veut pas donner un enseignement bref et définitif, une parole indépassable à déposer dans des livres. La leçon qu’il nous propose, c’est celle de sa vie, c’est la vibration de sa propre existence, le cœur à cœur avec Celui qu’il appelle son Père, un Dieu bien surprenant, plein de tendresse. Tout cela à travers maint exemple et force paraboles.

    Quand Jésus se fait proche de nous, c'est-à-dire quand nous prenons le temps de bien l’entendre, c’est un Dieu familier, local, qu’il fait entrer dans notre quotidien. En rappelant la simplicité de son Père, il s’oppose à tous ceux qui n’aiment pas que l’on traite ainsi le Tout-Puissant. Ici quelques lignes d’un poème qui dit assez la possible incompréhension liée à la personne de Jésus et la nécessité qui s’impose à lui de nous instruire encore et encore ; l’auteur s’adresse au Christ :
« Parce que tu les aimes libres, ils disent que tu ne parles pas.
Parce que tu prends visage humain, ils disent que tu te caches.
Parce que tu mises sur les faibles, ils disent que tu es mort.
Parce que ton Esprit est insaisissable, ils disent que tout va mal.
Parce que tu ne saurais être complice, ils disent que tu ne sers à rien. »

(P. FERTIN, Comme l’aurore, Paris, Desclée, 1974, p.17)

Père Dominique. THEPAUT

Je suis bien plus que ce que vous croyez !

Je suis bien plus que ce que vous croyez !

        Les administrations et les sites internet essaient de nous situer, pour nous joindre et nous évaluer. C’est la loi de toute société de répertorier et de classer ses membres, pour des raisons de police, de fiscalité ou de commerce. Même les parents de Jésus se sont fait recenser, au temps de l’empereur Octave Auguste.
        On devrait ainsi savoir ‘qui est qui’ et pourtant Jésus a un vrai problème quand il revient prêcher dans son village familial. Pour tous, il reste le charpentier du coin, le fils de Marie ; mais sa prédication ne correspond plus à l’homme qu’ils connaissaient. Il y a comme un malaise, un constat d’échec que signale l’évangile : « Ils étaient profondément choqués à cause de lui ». (Mc 6, 3)
    Deux leçons, où se révèle un chemin pour notre accomplissement en Dieu :
        - 1) Que d’énergies découragées par des jugements trop définitifs sur des personnes que nous disons connaître. Il faudrait pouvoir annoncer à quelqu’un : « Je me réjouis que tu sois différent de ce que je pensais ; continue de m’étonner ! ». Toute personne a été créée à l’image et à la ressemblance de Dieu  pour croître vers sa véritable dimension divine. C’est une faute de bloquer quelqu’un dans ce qu’on connaît de lui. Personne ne correspond à sa caricature.
        - 2) Dieu ne vient pas seulement à nous par la disponibilité de notre cœur, par les sacrements ou par la prière. Mais par celui-là aussi, mon voisin tout simple, ou bien par ces gens que je connais un peu et qui sont pour moi, sans le savoir, des messagers de la grâce divine. Dans leurs paroles troublantes Dieu se communique. Le Créateur a besoin des hommes !
     Jésus a bien du mal à faire valoir auprès des siens sa véritable identité : comment peut-il faire entendre dans notre langage d’homme une ‘parole différente’ qui révèle en lui le Verbe de Dieu ? Il pose et repose la question à ses disciples : « Qui dites-vous que je suis ? ». C’est dans la fragile réponse de foi qu’il reçoit d’eux et de nous, que se dessine son identité divine spécifique, et notre salut.
Père Dominique THEPAUT

« Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? »

« Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? »

    Dans l’évangile de ce 12ème dimanche (Marc 4, 35-41), les disciples ont le mal de mer, cette détresse qui fait « qu’au début on a peur de mourir et, qu’ensuite, on a peur de ne pas mourir… ». Et lui, le Jésus, au milieu de ce vent frais qui lève un mauvais clapot, dans ce bateau qui roule et qui tangue, il dort sur un coussin ! Comment ça, il dort ? Servirait-il seulement de ‘lest’, absent des épreuves et des angoisses où nous risquons notre vie ?
    Il est bien là, dans la même embarcation que ses disciples, affronté au mauvais temps, mais souverainement calme. Comme si la tempête devait, en contrepoint, manifester sa paix aux éléments et aux cœurs inquiets et malades.
    L’océan est une limite et on connaît le proverbe : « Il y a les vivants, il y a les morts, et il y a ceux qui vont sur la mer. » Le statut des marins est incertain : ils affrontent des forces imprévisibles, ils côtoient l’impur que l’on essaie de parer par le rite de la bénédiction du bateau. Il n’y a là rien d’une survivance folklorique : bénir, c’est finalement inviter Jésus à monter à bord.
    Nos saints bretons fondateurs, ayant traversé la Manche dans des ‘auges de pierre’, n’auraient pas compris le verset biblique qui décrit le « monde nouveau et de la terre - nouvelle » en ajoutant : « il n’y aura plus de mer » (Ap 21, 1). Véritable gifle à toutes les ‘révélations divines’ rendues possibles par la mer ! Souvenons-nous de l’Esprit de Dieu qui planait sur les eaux des origines ; de Jonas le fuyant, rejeté sur le rivage pour enfin accomplir sa mission à Ninive ; de Moïse fendant la mer Rouge pour sauver le peuple de Dieu de la main de Pharaon. La mer n’est pas opposée à Dieu et à ses saints : elle les révèle !
    Ami marin, à la pêche, au commerce, militaire ou plaisancier, supprimer la mer, cause de nausées, serait aussi infantile que de vouloir nier le mal. Mieux vaut apprendre les temps maniables et parer les perturbations, quitte à prendre un moment la  ‘cape’ pour se protéger du mauvais assaut  des lames, et continuer cependant d’avancer.
    Cela vaut tout aussi bien pour la conduite de sa vie. Ignorer un problème n’est pas le résoudre, c’est s’y perdre.  Mais ruser avec un vent debout, louvoyer avec prudence et détermination, voilà la seule manière de vivre avec honneur. Négocier les temps mauvais dans sa vie, c’est la seule morale possible, mais avec  Jésus inscrit au ‘rôle d’équipage’.

Père Dominique THEPAUT

L'Eucharistie, chemin et expérience totale de vie.

L'Eucharistie, chemin et expérience totale de vie.

   L’Eucharistie est un sacrement dont la signification devrait crever les yeux. Pour accéder à la profondeur d’un tel mystère, il faut partir de ce qu’on voit, afin d’arriver à ce qu’on croit et de communier à ce qui est. Triple mouvement !

   Ce qu’on voit, ce sont des réalités humaines prises et données par Jésus pour qu’on mange et qu’on boive. Des réalités bibliques aussi : pain de l’Exode mangé à la hâte, vin qui évoque le festin du Royaume. Sans le double mouvement de communication et d’assimilation, pas d’alliance possible entre le Christ et nous. Il nous faut « manger » ces signes visibles pour le saisir.

   Ce qu’on croit, c’est le sacrifice de Jésus anticipé dans le repas de la Cène : Parole efficace de Dieu, c’est sous les signes du pain et du vin transformés, que Jésus se donne aux hommes pour qu’ils vivent de son passage, de sa Pâque. Sur l’autel se manifeste la réalité invisible de cette grâce de Dieu pour le monde.

   Ce qui est, c’est une expérience nouvelle qui nous fait passer à travers les épreuves et annonce notre participation à la résurrection du Christ. Appelés à aimer comme lui, nous faisons « pain et corps » avec le Christ vivant et présent dans son peuple. Nous expérimentons ainsi l’unité des deux commandements d’aimer (Dieu et notre prochain) et le lien mystique qui unit la foi et la vie.

« Je l’ai saisi et ne le lâcherai point. » (Ct 3, 4) : de notre première à notre dernière communion, tel est le cri du désir pour les voyageurs que nous sommes, solidaires du passé, mais goûtant déjà notre arrivée en Dieu.

Père Dominique THEPAUT

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