Le petit Jésus en Citroën 2 CV (petit conte de Noël).

Le petit Jésus en Citroën 2 CV (petit conte de Noël).

     « C’est à vous, cette année, de faire la crèche de Noël ».  L’aumônier militaire de Tahiti lance une invitation aux mécaniciens du régiment. Défi relevé, mais réalisation cachée jusqu’au dernier moment. La sacristine fait remarquer à son prêtre que nous sommes le 24 décembre au matin, et qu’il n’y a encore aucune crèche dans la chapelle. « Rassurez-vous, Nina, ils m’ont dit qu’ils la feraient, cette crèche, ne vous inquiétez pas ».
     Les mécanos ont demandé à disposer des lieux jusqu’au moment de la messe de minuit. Et qu’on ne les dérange surtout pas ! Quand on ouvrit les portes aux fidèles pour la messe, une crèche très rock‘n’roll attirait les regards ahuris. Tout le monde s’attendait à un espace traditionnel avec sapin décoré et petite grotte qui abriterait l’enfant Jésus et les autres personnages habituels de la scène de la Nativité. Eh bien non, pas du tout, rien de tout cela…
     Les mécanos du quartier avaient trouvé une vieille voiture Citroën 2 CV et l’avaient découpée. De la partie avant, ils avaient retiré le moteur, et l’avaient remplacé par l’enfant Jésus et ses parents. Le capot ouvert servait de toit à cette bizarrerie et sur un écriteau on lisait : « Jésus est le moteur de ma vie ».
     Un tiers de l’assemblée trouva cela génial. Un deuxième tiers estima cela ‘intéressant’. Le dernier tiers vint se plaindre à l’aumônier : « Vous comprenez, Monsieur l’aumônier, nos enfants attendent une crèche traditionnelle. Ils ne comprennent pas, et nous non plus. » Argh !  Le romantisme de Noël !
     L’aumônier a dû expliquer que Jésus venait là où nous travaillons, c'est-à-dire aussi dans l’atelier auto du régiment. En présentant l’enfant divin dans une caisse de voiture, les mécanos disaient simplement qu’eux aussi recevaient cette bonne nouvelle dans le concret de leur vie, sur leur lieu de travail.
     Le Padre invita l’assemblée de cette nuit sainte à accueillir l’enfant Jésus dans la crèche de son cœur, au milieu des joies et des préoccupations du moment, là où se salissent les mains et transpirent les fronts ; dans la vie, quoi !
     L’aumônier leur cita la belle phrase d’Angelus Silesius, auteur spirituel du XIVème siècle qui osa dire : « Jésus a beau naître deux mille fois à Bethléem, s’il ne prend pas naissance dans ton cœur, tu es perdu. »
Il leur dit aussi que lorsque Dieu prend naissance en notre monde, c’est aussi, pour ceux qui le reçoivent, le jour de leur naissance en Dieu (Jean 1, 13).
Il eut enfin plaisir à chanter la préface N° 3 de Noël qui proclame : « Père Très Saint, lorsque ton Fils prend la condition de l’homme, la nature humaine en reçoit une incomparable noblesse. Il devient tellement l’un de nous que nous devenons éternels ».
Belle compréhension du mystère de Noël, par la Deudeuche  des mécanos !
Père Dominique THEPAUT 

« Vivre sous le temps »…

« Vivre sous le temps »…

…est la traduction de l’expression bretonne beva dindan an amzer, bien illustrée cet automne par ceux que l’on voit récolter les choux-fleurs dans des champs boueux. Et même si nous travaillons à l’abri, deux mois de pluies peuvent nous rendrent moroses : la couleur du ciel façonne notre humeur.
    Vivre sous le temps, se comprend aussi en considérant qu’aucune de nos actions n’échappe au chronomètre. L’élève en examen vit avec inquiétude la fin des quatre heures imparties, et peine à conclure sa dissertation.
Passer d’une activité à l’autre et, presque par surprise, arriver au bout de son âge. Quoi ? Mon existence est déjà à la fin de sa course, et je n’ai pas eu le temps d’accomplir mes projets, de dire tout ce que je voulais, d’aimer, de me réconcilier, de vivre enfin… ?
    Vivre sous le temps des événements heureux ou malheureux qui ont marqué ma vie. Ma mémoire me les rend en un présent perpétuel car ils continuent d’agir en moi. Je me vois encore faire ma ‘promesse scoute’, dire ‘oui’ le jour du mariage, répondre à un premier sourire de mon enfant, embrasser le front froid de papa avant la fermeture du cercueil. Quelle que soit la date de ces faits passés, ils dépeignent un paysage permanent, mental et affectif : ils me sauvent de l’écoulement impassible du temps des horloges.
    Vivre sous le temps de l’année liturgique : à partir de ce premier dimanche de l’Avent, l’Eglise nous fait vivre les grands moments du passage de Jésus-Christ dans notre monde (attente, Nativité, prédication évangélique, passion, mort et résurrection, envoi de l’Esprit Saint). Cela, nous le savons déjà : nous n’apprendrons que peu de choses nouvelles. Mais voici ce qui se passe : si, cette année encore, nous revivons en Eglise tous les mystères du Christ, c’est d’abord pour articuler le temps des hommes à l’éternité de Dieu. Et ces célébrations agiront en chacun, à travers les réussites ou les échecs de sa vie singulière. Elles constituent la « mémoire vive » de la foi et font entrer dans le cœur du croyant la réalité de son salut.
    Vivre sous le temps du Christ : il est celui qui fait surgir l’éternité de Dieu dans le temps des hommes. Ainsi chacun de mes petits moments prend la marque divine, même en épluchant les carottes pour la soupe ! Le temps profane a été assumé par le temps évangélique. Plus rien n’est anodin : Jésus-Christ a donné un sens positif au déroulement de chacune de mes actions. Il est le rédempteur du temps des hommes. Il n’y a plus, il n’y aura jamais plus de temps perdu… Nous voilà vivre selon le point de vue de l’éternité (sub specie aeternitatis).é

Prière pour l’Avent : « Mon Dieu, je crois à votre éternité qui s’est abaissée jusqu’à s’introduire dans le temps, ce temps qui sert de cadre à ma propre existence. Ainsi, en Jésus-Christ, vous êtes venu habiter les flux et reflux du temps du monde, et y faire jaillir la vie qui ne connaît plus la mort. Donnez-moi suffisamment d’Esprit Saint et de foi pour accepter les douleurs du temps, et pour oser annoncer un renouvellement de toutes choses en Jésus.»
Père Dominique THEPAUT

« A la Saint-Michel, tout le monde déménage ! »

« A la Saint-Michel, tout le monde déménage ! »

    Avoir sa propre chambre : joie de l’enfant. Le jeune adulte sera heureux d’avoir un domicile à l’écart de la maison des parents. Mais les déménagements sont fatigants pour la famille qui doit quitter une ville pour raisons professionnelles. Derniers déménagements pour celui qui arrive en retraite. NB : votre administrateur est un pro des cartons : il a déjà changé 25 fois de domicile.
    Depuis 8 jours, grande activité au presbytère de Saint Pol : on vide tout ce qui s’y était entassé depuis 50 ans pour laisser place à des travaux de réaménagement. Mais on reste dans les lieux, dans le bruit et la poussière.
« Alato, Monsieur le curé, vous n’allez pas jeter ce beau meuble, il peut encore servir ! » Mamie Simone est très conservatrice. Elle pense que les meubles ont ‘une âme qu’il faut sauver’. « Bien, Simone, reprenez donc ce meuble de la benne où je viens de le jeter ; je vous l’offre ; mais emportez-le chez vous tout de suite, et que je ne le vois plus ! »
   Oui, nous nous attachons aux choses, au risque de ne plus respirer tant elles nous enserrent. Une maison de personnes âgées se signale par son espace restreint où l’on se cogne beaucoup entre l’armoire bretonne que l’on n’a pas voulu jeter et le vaisselier reçu en héritage, et dans lequel, d’ailleurs, on range si peu de choses utiles… Bien du mal à nous défaire de ce qui nous appartient…
   Prêtre, je considère aussi que notre paroisse est une grande "maison commune". Faut-il tout garder de nos objets, de nos rites, de nos prières ? Oui, il faut garder bien des choses mais se garder de faire de nos églises des musées. On garde tout, mais on range bien. Car les plus anciens sont à leur aise, mais les jeunes ont du mal à se faufiler entre toutes les traditions pour s’épanouir. Elargir les allées de notre Eglise et initier de nouveaux projets pour annoncer l’Evangile. Se considérer comme héritiers et bâtisseurs, pèlerins d’un moment pour aller de l’avant.
   « Mon Père était un araméen errant » dit Moïse (Dt 26,5) qui d’exode en exode a appris à voyager léger. Le Psaume nous rappelle la nécessité des détachements « Si vous avez des richesses (des meubles ?), n’y mettez pas votre cœur. » (Ps 62,10). Mais le conseil le plus pratique est celui de Lord Baden Powell à ses scouts revenant de 15 jours de camp d’été : « Vide ton sac à dos et fais trois tas : un premier pour les affaires que tu as utilisées tous les jours ; le deuxième pour ce que tu n’as utilisé que de temps en temps ; un troisième tas enfin pour tous ces objets qui ne t’on pas servi. La prochaine fois, quand tu feras ton sac, n’y met que le premier tas ».
Il est vrai que les déplacements deviennent dès lors très faciles et dégagent le chemin pour notre vie spirituelle, ce pèlerinage vers notre vrai domicile.
         Dominique THEPAUT, administrateur.

Fin d'un monde… et label ‘Eglise verte'.

Fin d'un monde… et label ‘Eglise verte'.

     Il y a 70 ans, nous étions dans une civilisation paroissiale, et notre « saint Léon » laissait le prêtre gouverner les consciences et les actions de sa communauté. Le curé était un personnage (an Aotrou Person).
     Ce temps est révolu. Les lois et l’évolution de la société ont donné à chacun l’occasion de passer d’une pratique sociologique à la décision de faire du Christ le guide de sa vie. L’Eglise a promu cet approfondissement de la foi.
     Il y a cependant un dépit : après tous les efforts pour faire de ce monde une anticipation du Royaume de Dieu, en convertissant les cœurs à l’Evangile, en ayant baptisé, catéchisé, éduqué les jeunes dans des établissements catholiques, prêché, rejoint les personnes dans leur vie quotidienne, célébré tant de messes et de sacrements, le résultat est bien décevant… « Mes petits enfants ne sont même pas baptisés » est le refrain de beaucoup de grand’mères pratiquantes … Fin d’un monde ?
     Depuis 50 ans l’Eglise ne réussit plus à faire valoir son modèle d’épanouissement humain : les parlementaires, baptisés en majorité, ont cependant légiféré sur la contraception, l’avortement, le PACS, le mariage pour tous, la PMA. Que signifie être chrétien dans un monde qui ne l’est pas ?
     Par bien des côtés, notre monde s’effondre. Les experts annoncent une terre où il sera plus difficile de respirer, une nature saccagée par l’homme et ses rêves de domination. Les chrétiens persistent à annoncer un monde réconcilié avec lui-même, une création renouvelée, une gouvernance par un Christ-Roi, doux et humble de cœur, un Esprit Saint qui travaille à cet accomplissement.
     En se donnant le label Eglise Verte, les communautés chrétiennes disent que les croyants sont solidaires des hommes pour le meilleur : en cela ils seront appréciés. Ils apportent leur riche tradition spirituelle pour sauver ce monde qui est, pour eux, l’œuvre de Dieu. 
Ils continuent cependant de dire qu’ils n’approuvent pas les dérèglements dans les comportements et les relations humaines : en cela ils seront blâmés.  Ils doivent s’en réjouir : ils sont appelés à plaire, non pas aux hommes versatiles, mais à leur Créateur et Père.
Père Dominique THEPAUT  

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