« Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? »

« Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? »

    Dans l’évangile de ce 12ème dimanche (Marc 4, 35-41), les disciples ont le mal de mer, cette détresse qui fait « qu’au début on a peur de mourir et, qu’ensuite, on a peur de ne pas mourir… ». Et lui, le Jésus, au milieu de ce vent frais qui lève un mauvais clapot, dans ce bateau qui roule et qui tangue, il dort sur un coussin ! Comment ça, il dort ? Servirait-il seulement de ‘lest’, absent des épreuves et des angoisses où nous risquons notre vie ?
    Il est bien là, dans la même embarcation que ses disciples, affronté au mauvais temps, mais souverainement calme. Comme si la tempête devait, en contrepoint, manifester sa paix aux éléments et aux cœurs inquiets et malades.
    L’océan est une limite et on connaît le proverbe : « Il y a les vivants, il y a les morts, et il y a ceux qui vont sur la mer. » Le statut des marins est incertain : ils affrontent des forces imprévisibles, ils côtoient l’impur que l’on essaie de parer par le rite de la bénédiction du bateau. Il n’y a là rien d’une survivance folklorique : bénir, c’est finalement inviter Jésus à monter à bord.
    Nos saints bretons fondateurs, ayant traversé la Manche dans des ‘auges de pierre’, n’auraient pas compris le verset biblique qui décrit le « monde nouveau et de la terre - nouvelle » en ajoutant : « il n’y aura plus de mer » (Ap 21, 1). Véritable gifle à toutes les ‘révélations divines’ rendues possibles par la mer ! Souvenons-nous de l’Esprit de Dieu qui planait sur les eaux des origines ; de Jonas le fuyant, rejeté sur le rivage pour enfin accomplir sa mission à Ninive ; de Moïse fendant la mer Rouge pour sauver le peuple de Dieu de la main de Pharaon. La mer n’est pas opposée à Dieu et à ses saints : elle les révèle !
    Ami marin, à la pêche, au commerce, militaire ou plaisancier, supprimer la mer, cause de nausées, serait aussi infantile que de vouloir nier le mal. Mieux vaut apprendre les temps maniables et parer les perturbations, quitte à prendre un moment la  ‘cape’ pour se protéger du mauvais assaut  des lames, et continuer cependant d’avancer.
    Cela vaut tout aussi bien pour la conduite de sa vie. Ignorer un problème n’est pas le résoudre, c’est s’y perdre.  Mais ruser avec un vent debout, louvoyer avec prudence et détermination, voilà la seule manière de vivre avec honneur. Négocier les temps mauvais dans sa vie, c’est la seule morale possible, mais avec  Jésus inscrit au ‘rôle d’équipage’.

Père Dominique THEPAUT

L'Eucharistie, chemin et expérience totale de vie.

L'Eucharistie, chemin et expérience totale de vie.

   L’Eucharistie est un sacrement dont la signification devrait crever les yeux. Pour accéder à la profondeur d’un tel mystère, il faut partir de ce qu’on voit, afin d’arriver à ce qu’on croit et de communier à ce qui est. Triple mouvement !

   Ce qu’on voit, ce sont des réalités humaines prises et données par Jésus pour qu’on mange et qu’on boive. Des réalités bibliques aussi : pain de l’Exode mangé à la hâte, vin qui évoque le festin du Royaume. Sans le double mouvement de communication et d’assimilation, pas d’alliance possible entre le Christ et nous. Il nous faut « manger » ces signes visibles pour le saisir.

   Ce qu’on croit, c’est le sacrifice de Jésus anticipé dans le repas de la Cène : Parole efficace de Dieu, c’est sous les signes du pain et du vin transformés, que Jésus se donne aux hommes pour qu’ils vivent de son passage, de sa Pâque. Sur l’autel se manifeste la réalité invisible de cette grâce de Dieu pour le monde.

   Ce qui est, c’est une expérience nouvelle qui nous fait passer à travers les épreuves et annonce notre participation à la résurrection du Christ. Appelés à aimer comme lui, nous faisons « pain et corps » avec le Christ vivant et présent dans son peuple. Nous expérimentons ainsi l’unité des deux commandements d’aimer (Dieu et notre prochain) et le lien mystique qui unit la foi et la vie.

« Je l’ai saisi et ne le lâcherai point. » (Ct 3, 4) : de notre première à notre dernière communion, tel est le cri du désir pour les voyageurs que nous sommes, solidaires du passé, mais goûtant déjà notre arrivée en Dieu.

Père Dominique THEPAUT

« Chacun entend les merveilles de Dieu dans sa langue. »

« Chacun entend les merveilles de Dieu dans sa langue. »

(Première lecture du jour de la Pentecôte / Actes 2, 1-11.)

       Tous les prêtres de la paroisse vous prêchent en français. Ils savent aussi d’autres langues, issues de leur culture originaire (breton, langues de la Côte d’Ivoire) ou apprises pour les besoins de leur ministère (espagnol, chinois, anglais, allemand). Certains montrent parfois une pointe d’érudition en latin…

     Beau mouvement de la Pentecôte : chaque ‘langue’ (de feu) multiplie le mode d’expression de la vie renouvelée offerte par le Christ.
Il ne s’agit pas uniquement de traduire en d’autres langues ce qui a été consigné en hébreu ou en grec, au risque de perdre un peu du ‘dépôt biblique’ initial. Car le mystère de Dieu s’enrichit de toutes les autres manières de le dire : chaque parler du monde a sa compréhension propre du réel visible et invisible. Pas de langue sacrée pour les chrétiens ! L’entretien avec le divin est profusion, et toute parole est déjà contenue dans le ‘Verbe’ de Dieu.

   Entendre les merveilles de Dieu dans sa langue, c’est aussi l’entendre dans son espace particulier : comment est-ce que je perçois aujourd’hui l’action de Dieu dans le contexte économique, social, culturel, et intellectuel d’un habitant de mon âge, en France, en 2021, c’est-à-dire dans ma langue du moment ?

   Entendre les merveilles de Dieu c’est pour chacun, chercher sa résonnance dans l’espace singulier de ses pensées, de son histoire, de sa vie présente et de ses projets, dans sa langue intérieure.  Alleluia à l’Esprit d’ouverture !
La ‘merveille de Dieu’, c’est déjà l’homme s’entretenant avec le Dieu saint.

Père Dom. THEPAUT

Qu'est-ce qui pourrait sauver l'amour ? (bis)

Qu'est-ce qui pourrait sauver l'amour ? (bis)

Et comment retrouver le goût de la vie, Qui pourra remplacer le besoin par l’envie ? Ah, Ah ! Où est le sauveur ?    (Daniel Balavoine)

Chacun aime à la mesure où il a été aimé ou mal aimé. Les blessures de l’amour peuvent cicatriser, mais elles laissent leurs traces. Elles contiennent aussi un dynamisme propre à surpasser toutes les déceptions.

Le cœur de l’homme est ainsi la somme de ses honteuses retraites et de ses pauvres courages. Pour exister, on montre sa force de caractère, mais on se laisse finalement vaincre par l’affection désarmante et non méritée qu’on reçoit. Dire à quelqu’un « je t’aime » c’est lui dire aussi « tu ne mourras pas ».

Quand Jésus parle de l’amour, il dit assez que la petite attention que nous donnons à nos frères, même « un simple verre d’eau » (Mt 10,42), nous entraîne déjà dans un vertige divin. Cette action ne nous rapporte rien : elle nous déporte vers la grâce. Comme la rose, l’amour est ‘sans pourquoi’, sa vérité est de se donner et de se perdre. Un tel amour est seul digne de foi.

La chanson de Daniel Balavoine dit assez que l’amour humain que nous expérimentons et l’amour que Dieu nous porte, sont une même et unique réalité : le mot a une acception bien large en français. Certains voudraient définir un ‘vrai amour’, un ‘pur amour’ : mais nous sommes tous des mendiants d’un ‘amour sans adjectif’ qui s’applique aussi bien à nos envies et à nos besoins qu’à notre quête d’accomplissement humain et divin. Ne sollicitons pas trop l’idéal, ne soyons pas des snobs méprisant les amours boiteuses et incomplètes. L’amour est bien le ‘sacrement de la vie’ et le bel outil de Dieu.

P. Dominique THEPAUT

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