Christ est mort pour nous... et par nous ?

Christ est mort pour nous... et par nous ?

       Pour exprimer la complexité de notre relation à Jésus, il faut davantage que le catéchisme ou la prédication des prêtres. Il faut plus que des théologiens ou des philosophes. Osons le récit d’un écrivain qui décrit les détours de notre cœur. Extrait du Journal de Julien GREEN, à l’année 1948 :
« Si j’avais été seul au monde, Dieu y aurait fait descendre son Fils unique afin qu’il fût crucifié et qu’il me sauvât. Voilà, me dit-on, un étrange orgueil ; je ne le crois pas : cette idée a dû traverser plus d’une tête chrétienne. Mais qui donc l’aurait jugé, condamné, battu et mis en croix ? N’en doutez pas une seconde, c’est moi. J’aurais tout fait. Chacun de nous peut dire cela, tous autant que nous sommes, et de tous les coins du monde. S’il faut un juif pour lui cracher au visage, me voilà ! S’il faut un fonctionnaire romain pour l’interroger, un soldat pour le tourner en dérision, un bourreau pour le fixer avec des clous sur le bois afin qu’il y reste jusqu’à la fin des temps, ce sera encore moi, je saurai faire tout ce qu’il faudra. Et s’il faut un disciple pour l’aimer ? … Voilà le plus douloureux de cette histoire, le plus mystérieux aussi, car enfin Seigneur, tu sais bien que ce sera moi. »

Le Fils de Dieu les bras ouverts a tout saisi dans son offrande,
L’effort de l’homme et son travail, le poids perdu de la souffrance.
L’élan puissant de son amour attire à lui la terre entière,
Il fait entrer dans son repos le monde en marche vers le Père.
Renouvelés par Jésus-Christ, principe et fin de toute chose,
La création devient en lui première étape du Royaume.
   (Hymne du bréviaire pour le temps de la Passion)

La résurrection : une réorganisation de notre être (de notre chair) ?

        Saint Paul distingue en nous trois parties : le corps (notre constitution biologique), l’âme, qui ‘anime’ notre corps, et l’esprit.
Que se passe-t-il quand nous mourrons ? L’animation de notre corps s’éteint avec la mort (séparation de l’âme du corps). En apparence, c’est aussi la fin des autres vies : celle de l’esprit et celle du corps.
           Mais chez le croyant se produit une réorganisation de l’être : la partie la plus haute de lui-même, l’esprit, assumera la partie la plus basse, le corps. Cette réédification de la chair autour de l’esprit est ce que saint Paul entend par ‘résurrection’. « Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » (Romains 8, 11). Ainsi les chrétiens ont raison de croire à la « résurrection de la chair ». C’est LA bonne nouvelle ; nous ne sommes pas des vivants promis à la mort : nous sommes des mortels promis à la Vie. Cela change tout !

         Père  Dominique THEPAUT

«Padre, pourriez-vous enfin me dire ce qu'est un péché grave ? »

«Padre, pourriez-vous enfin me dire ce qu'est un péché grave ? »

     Question de fidèles qui cherchent à « faire leurs Pâques », à se réconcilier avec eux-mêmes, le monde, les autres et Dieu. Les prêtres sont un peu embarrassés par les définitions trop rapides. Il y a même des fidèles qui disent qu’il n’y a plus de péché… puisque Dieu est bon et miséricordieux...
     En comparaison, il y a, dans notre pays, une gradation dans les offenses civiles : cela va des contraventions, aux délits et aux crimes, selon la gravité des actes contraires à la cohésion nationale. Pour les chrétiens, il y a des péchés véniels, des péchés graves et des péchés mortels, selon la gravité des actes contraires au message de l’Evangile et à la dignité du chrétien.
     Cela apparaît dans le Confiteor où nous disons « Je confesse à Dieu tout-puissant, je reconnais devant mes frères que j’ai péché… ». Se confesser n’est pas reconnaître son péché devant Dieu seul, c’est reconnaître aussi le tort que nous causons à nos frères, nos frères chrétiens avec qui nous formons le ‘Corps du Christ’. Le prêtre qui entend le pénitent en confession représente alors les frères chrétiens qui sont affectés par son mauvais comportement.
     Le prêtre que je suis lui dit alors : « Tu ne viens pas te confesser d’abord pour soulager ta conscience devant Dieu, mais pour reconnaître que tu as blessé la communauté chrétienne et humaine à laquelle tu appartiens :
    -Tu peux avoir commis un acte qui n’est pas conforme à ta vocation à la sainteté ; on appellera cela un péché véniel : tu es sur la route d’un chemin d’accomplissement et il y a bien sûr des embûches. Reçois le pardon et reprends ta route en étant exemplaire pour les autres.
    -Tu peux avoir gravement blessé l’Eglise par une action contraire à ce que croient et espèrent les chrétiens.  Tu as nui à la dignité chrétienne reçue à ton baptême. En te voyant, des non-chrétiens pourraient s’écarter à jamais de l’Evangile, à cause de toi.
    -Le péché devient mortel, te coupant de la vie de Dieu en toi, si tu as fait ce péché grave de manière délibérée et en pleine connaissance».
    -Si tu viens à dire que la source d’eau vive est empoisonnée, tu te condamnes à mourir de soif. Si tu nies l’Esprit comme puissance de vie qui révèle ton péché, la source du pardon est coupée pour toi : nul n’est pardonné contre son gré.

Le Carême nous invite à nous laisser réconcilier avec Dieu. Le moyen ordinaire qui nous est proposé est de discerner la qualité des relations avec nous-mêmes, avec le monde, avec nos frères et avec Dieu (on appelle cela un « examen de conscience »). En acceptant de recevoir le pardon de Dieu, je suis alors rétabli dans toute ma dignité de baptisé.
          Père Dominique THEPAUT

Pourquoi suis-je catholique ?

Pourquoi suis-je catholique ?

     Mercredi dernier, une trentaine de paroissiens se sont retrouvés pour exprimer leur émoi et se conforter, suite aux révélations sur des abus du clergé et la mal gouvernance de l’Eglise sur ces questions.
      Beaucoup ont dit que leur foi et leur engagement dans l’Eglise n’ont pas été affectés par ce mauvais déballage. Cela me rappelle le beau texte de Sœur Véronique MARGRON, présidente de la conférence des religieux et religieuses de France :
     « Je ne suis pas catholique à cause des prêtres, y compris les meilleurs. Et ils sont nombreux… Je suis catholique à cause de l’amour de Dieu pour les plus vulnérables.
Je suis catholique à cause de Jésus, le Christ, homme totalement vrai, accomplissant ce qu’il dit, donnant toute sa vie pour ceux qu’il aime.
       Je suis catholique à cause de l’Eucharistie, où nous devenons le Corps que nous recevons ; où nous sommes convoqués à vivre de la vie du Christ, du creux de nos simples existences ordinaires.
Je suis catholique parce que je crois à la Parole de Dieu, celle qui me raconte que mon Dieu a pris la décision de faire alliance avec l’humanité, de la sauver de l’esclavage et du désespoir. »

       Le Concile note que le prêtre contribue à la croissance du Corps du Christ (c'est-à-dire de l’Eglise). Plus encore : son dévouement, son lien avec ses confrères, avec les fidèles chrétiens, avec les croyants et les incroyants, tout cela annonce à la fois la présence et la manifestation du retour du Christ.
        Sa bonté, sa force morale, sa chasteté et sa persévérance, sa passion pour la justice, sa délicatesse, sa tempérance, sont des éléments de son témoignage : dans le combat spirituel qu’il mène avec lui-même et le monde, et ce sont parfois de rudes combats, le prêtre manifeste la présence de ce Dieu venu en notre chair. En voyant vivre le prêtre avec le peuple que lui a confié l’évêque, on doit pouvoir dire : le Christ est là, le Christ revient ! Prions pour nos prêtres qui ont si vaste mission.
Père Dominique THEPAUT

Cendres et Évangile : le choix de la bonne formule ?

Cendres et Évangile : le choix de la bonne formule ?

  La liturgie du Mercredi des Cendres propose une formule d’application bien négative : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière». On souhaiterait un peu plus d’espoir en nos temps incertains.
       Dans cette mise en évidence de la chair qui retourne à la poussière, l’homme se reconnaît fragile, promis à la mort. Lui est ainsi rappelée sa finitude. Non, il ne peut pas tout… Un jour il ne sera plus rien... et disponible à autre chose.

   L’autre formule d’application des Cendres « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » est d’allure bien plus active : ainsi le Carême n’est pas seulement le lieu d’une mémoire de ses fragilités, mais un agir pour renouveler son cœur et sa vie, après la prise de conscience de ses impasses.

       Il n’y a pas à préférer entre les deux formules de l’application des Cendres. L’une et l’autre peuvent se donner indifféremment. Les plus anciens savent bien qu’à la fin du grand feu de la St Jean étaient mises aux enchères les cendres du « tantad braz ». Celui qui en offrait le plus utilisait ces résidus de combustion comme engrais pour fortifier la terre du jardin.
La cendre, elle aussi, donne élan à la vie.
                                Père Dominique Thépaut

Petites considérations surnaturelles pour temps de carême.

1) Un homme qui prie introduit le surnaturel dans sa vie.
2) La prière est d’un tel prix que, même si vous ne croyez pas, même sans
intention de votre part, elle ne resterait pas sans fruit.
3) La foi, c’est quand on parle à Dieu comme à un homme. (Curé d’Ars)
4) Dieu nous donne toujours plus qu’on lui demande, comme pour nous
faire honte de n’avoir pas osé demandé plus.
5) Toute l’éducation moderne (basée sur la physique et la modélisation
mathématique, et leur efficacité opératoire dans le monde) tend à nous
faire oublier le spirituel.
6) Dieu s’intéresse plus au gouvernement d’un seul cœur qu’au
gouvernement de tout l’univers matériel.
Citations issues des lectures du P. THEPAUT

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