L'appel de Matthieu

L'appel de Matthieu

La vocation de Matthieu / détail / Le Caravage / Peinture vers 1600 /
Eglise Saint-Louis des Français à Rome.        

     Les évangiles des deux dimanches à venir nous font entendre l’appel des disciples. Tout paraît simple : Jésus dit « venez » et des pêcheurs le suivent. A l’inverse, l’appel de Matthieu est ici représenté de manière plus complexe.
         Le personnage central est Lévi que Jésus appelle. Jésus semble peu impératif, car Lévi est étonné qu’on puisse ainsi s’adresser à lui, collecteur d’impôts, collaborateur actif de l’occupant romain. Il se montre du doigt, attendant une confirmation. Est-ce cela suivre Jésus : se désigner soi-même comme chrétien ? Jésus est relégué dans un coin sombre du tableau, et est même masqué par ne peut rien sans l’accord intérieur de notre liberté.
     Levi représente le monde que le Christ relève : « Sao da gein ! ». Jésus nous fait décrocher de nos fonctions justificatrices (je ne suis pas qu’un percepteur, un prof, un parent…). Le changement du nom de Lévi en Matthieu marque cela.
      Les deux hommes à gauche, inclinés vers la table, restent fascinés par l’argent. Ils n’ont de contact avec personne d’autre. L’argent est le grand isolateur des relations, un antidote parfait contre le surnaturel. Il fait croire qu’on devient juste parce que l’on rend des comptes justes. C’est un trompeur qu’il faut manipuler avec précaution, au risque de perdre son âme.
       Le personnage de droite prend toute la lumière en restant le témoin indifférent d’une action qui le dépasse. Il nous ressemble assez quand nous sentons quelque chose sans pouvoir en mesurer encore  la signification. On peut remarquer qu’il est tout jeune. Faut-il avoir un peu plus d’âge et d’épaisseur humaine pour saisir que sa vie complexe est l’objet d’un appel de Dieu ?
       Nous retiendrons enfin que l’agir de Jésus est ici loin d’être spectaculaire. Seul Matthieu perçoit nettement l’invitation du Seigneur. Tout est signe, mais signe faible, élément d’abord perceptible aux cœurs inquiets.
           Père D.THEPAUT
 

Manifestation de Dieu au monde : chemin d'intériorité.

Manifestation de Dieu au monde : chemin d'intériorité.

(Rois mages suivant l’étoile de Bethléem. (NB : ils portent le bonnet phrygien, signe de liberté chez le grecs, ou bien signe de leur origine orientale !)
Mosaïque, Saint Apollinaire le Neuf, Ravenne, Italie, début du VIème siècle.)

      Les croyants d’aujourd’hui se désolent de la désaffection de la foi chrétienne dans nos villages et même dans nos familles. Rien de bien nouveau qui doive nous rendre sombres au seuil d’une année nouvelle. La pandémie a désorganisé nos propositions religieuses ; les rassemblements portent autant la peur de la contamination que la joie de célébrer la présence du Sauveur dans la Création.  Voici donc la fête de l’Epiphanie qui vient nous rappeler la manière heureuse et magnifique dont le Seigneur se fait proche de chacun de nous.
L’Epiphanie s’offre en effet à nous comme un second Noël : après l’adoration des bergers, voici l’adoration de Mages venus de l’Orient. Après avoir réjoui les simples, Jésus intéresse des savants d’une autre culture.
      Dans toute vie, chacun est en route pour offrir ce qu’il a de meilleur. Mais l’itinéraire est bien chaotique avec ses moments de marche sans fatigue sous un frais soleil, et d’autres progressions difficiles dans les grisailles de l’hiver. Cependant, avançant à tâtons, c’est encore Dieu qui nous guide par son étoile.
     Ces Mages ont des intuitions solides issues de l’étude des astres. Mais leur science seule ne leur permet pas de parvenir à Bethléem : ils demandent la route aux autorités légales du pays, hostiles à cette naissance royale. Chemin incertain où la tradition biblique et la science s’aheurtent pour parvenir à une vérité. Les Mages ont tout risqué sur un aspect extérieur et spectaculaire (une étoile). Ils parviennent au but par le chemin plus intime de leur cœur.
    Arrivés près de l’Enfant, ils s’agenouillent devant le signe faible d’un divin enfant couché dans une mangeoire : à ce Dieu qui endosse la fragilité d’un nouveau-né, ils présentent l’or de leur amour, l’encens de leur désir et la myrrhe de leurs souffrances. C’est la grande aventure de leur vie ! Ces saints « rois » ont trouvé leur vraie patrie… Ils rendent hommage au « Roi des rois ».
      Chers paroissiens, malgré les incertitudes, ne soyons pas des désabusés de l’idéal, des prisonniers de nos cœurs inquiets. Comme ces Mages, restons des pèlerins tranquilles de l’absolu. Nous pouvons aller à Dieu avec nos bagages culturels et nos itinéraires bien calculés. Et puis, après d’heureux détours, quand celui que nous cherchons nous permet de le saluer, nous retournons comme ces Mages, plein de joie « par un autre chemin » !
P. Dominique THEPAUT

Conte de Noël pour petits et grands.

Conte de Noël pour petits et grands.

La maman du petit homme Mayeul (5ans) lui demande d’approcher et lui dit : « Puisque que le Père Dominique est venu dîner, tu peux lui poser ta question. » Il y est des familles où l’on profite de la venue du prêtre…
Mayeul a une question trop grosse pour ses parents. Tout intimidé, il me sort des bouts de phrases, et je me rends compte qu’il me demande : « Pourquoi donc Dieu s’est-il fait homme dans un petit enfant ? »
Je soupire devant l’ampleur de l’explication à donner, car cette question disputée a donné bien du mal aux théologiens du XIIIème siècle. J’essaie donc de commencer doucement pour ne pas décevoir Mayeul.
- Tu sais, Mayeul, que Dieu est grand, très grand.
- Plus grand que la maison ?
- Oui, plus grand que ta maison et même plus grand que la mer et même ‘plus grand que grand n’est grand’
(bon, là je pense que je l’ai perdu avec saint Anselme…)  et je reprends donc :
- Mais peu importe qu’il soit si grand, s’il n’est pas à ta taille. Dieu s’est fait enfant en Jésus, pour qu’il soit enfant avec toi. Vous avez le même âge, et vous jouez et grandissez ensemble.

Mayeul s’en va jouer un moment avec Jésus dans le salon (pour digérer ma réponse ?) et reviens ensuite en s’adressant directement à moi :
- Mais pourquoi est-il venu chez nous ? Il n’était pas bien au ciel ?
Avec des mots choisis pour qu’il comprenne, j’explique à cet ‘enfant-philosophe’ le sens même de Jésus, Fils de Dieu, venu réconcilier le ciel et la terre par son sacrifice et sa mort sur la croix ; Jésus enlève le péché du monde et nous redonne l’amitié de Dieu perdue par la faute de nos parents de la Genèse. Aussitôt Mayeul s’écrie :
- Je ne veux pas que l’on fasse de mal à Jésus !

Mayeul met à mal la théologie commune de l’Eglise. Je reprends d’une autre façon ‘à la manière de Duns Scot’ (autre théologien du XIIIe) :
- Parce que Dieu nous aime, il veut se faire proche de nous. Et il se fait petit enfant, fragile, pour nous obliger à l’aimer. Tu peux aimer celui qui est plus petit que toi, et aimer aussi celui qui a ton âge,  et aimer encore celui qui est ton frère aîné dans la vie avec Dieu.
- Marie a eu des triplés ?

Nous rions à cette réponse de Mayeul finalement pas si sotte… Car cet aimé de Dieu découvrait qu’avec Jésus lui sont nés trois frères à la fois.

P. Dominique THEPAUT / Administrateur paroissial

Tout est donné, mais tout reste encore à faire…

Tout est donné, mais tout reste encore à faire…

     L’évangile de ce dimanche nous fait entendre le premier verset de l’évangile selon saint Marc : « Commencement de la Bonne Nouvelle (ou évangile) de Jésus Christ, Fils de Dieu. »
Mais comment peut-on parler encore aujourd’hui du « commencement de la Bonne Nouvelle » ? Trop souvent, notre relation à l’Evangile est celle de gens pour qui tout est déjà donné et réalisé : il ne suffirait que de répéter la foi dans son expression de toujours, de célébrer la ‘messe de toujours’, de pratiquer la morale de toujours. Si nous n’y prenons garde, cela fait vite de nous des répétiteurs, gardiens d’un dépôt mis sous scellés. C’est prestigieux, mais ça sent le vieux.  C’est sans doute rassurant, mais assez désespérant…
     Où donc est le « commencement », c'est-à-dire la nouveauté, pour nous qui prenons au sérieux cet évangile pour nous épanouir aujourd’hui ? Comment les paroles du Christ sont alors vraiment Esprit et Vie ? 
     C’est ici le grand paradoxe : tout est déjà donné et tout reste encore à faire. Il y a un Evangile écrit et un autre à écrire. Dieu nous a déjà parlé et son silence présent, loin d’être mutisme délibéré, est délégation permanente à la Parole.
     Car il y a aujourd’hui bien des routes à aplanir et des ravins à combler. Et la Parole de Dieu est agissante dans nos initiatives et nos actions. Chaque génération réitère ainsi le commencement de la grâce de Dieu pour le monde. « Ainsi tout scribe (tout auditeur) instruit du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien » (Mt 13, 52)
P. Dominique THEPAUT 

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