« Seigneur, ton ami est malade » (Jean 11,3)

« Seigneur, ton ami est malade » (Jean 11,3)

    Méditation pour des malades en fin de vie, afin de susciter la prière de l’Eglise.
Contribution spirituelle à une re-création de soi-même en Dieu.

    Nous savons assez que la maladie peut perturber nos relations et affaiblir notre confiance. Les protections requises contre les risques de contamination isolent chacun dans son incertitude sanitaire. Tout alors se recroqueville, et nous vivons un avenir impossible. Un présent dangereux écrase les projets.
    « Vous vous ennuyez ? » demande-t-on à un malade. « - Je ne m’ennuie jamais, puisque je souffre ! ». Expérience limite d’une conscience qui se saisit d’elle-même sans besoin du monde pour occuper son temps. On accepte encore quelques connaissances à son chevet, mais pas trop longtemps.
    Si la souffrance écarte le monde du patient, quelle est maintenant sa relation à Dieu ? Car la créature peut, à juste titre, se plaindre à son Créateur : « Pourquoi, Seigneur, en plus du plaisir, as-tu rajouté la souffrance au vivant ? » 
L’Eglise en prière porte le cri de l’homme malade vers Dieu (Psaume 6, 4. 7-8) :
« Je tremble de tous mes os, de toute mon âme je tremble, (…)
Je m’épuise à force de gémir, chaque nuit je pleure sur mon lit,
Ma couche est trempée de larmes, mes yeux sont rongés de chagrin. »

    Quand la fatigue lui retire la force intérieure de se battre contre le mal qui l’emporte, l’agonisant est même dépossédé de sa voix. Nous qui l’entourons, pourrions alors lui prêter quelques mots pour sa dernière prière :
    «Tu vois, Seigneur, je ne peux plus rien pour moi-même, je ne veux même plus rien : la maladie me remet dans la nudité de ma création au Jardin des Origines.
Alors, Seigneur, puisque je ne peux plus désirer aucun fruit savoureux, puisque la maladie me dessaisit de l’appétit de connaissance et de vie, c’est à toi, maintenant, Seigneur, de vouloir pour moi ; je t’oblige ainsi à me recréer dans la puissance de ta vie. A Toi la main !
C’est maintenant un corps sans pouvoir, sans vouloir, sans autonomie (intubé de partout),  sans vie sociale, que je remets, Seigneur, entre tes mains créatrices et recréatrices. Que ta volonté soit faite !».

      
Père Dominique THEPAUT 

La Speranza

La Speranza

  La Speranza en Italie ces jours-ci, c’est le ciel d’un bleu dépollué et provocant, c’est le soleil qui brille obstinément sur les rues désertes, et qui s’introduit en riant dans ces maisonnées qui apprennent à redevenir familles.
  La Speranza c’est la vie qui est plus forte et le printemps qui oublie de porter le deuil et la peur, et avance inexorablement, faisant verdir les arbres et chanter les oiseaux.
  La Speranza ce sont tous ces professeurs exemplaires qui doivent en quelques jours s’improviser créateurs et réinventer l’école, et se plient en huit pour affronter avec courage leurs cours à préparer, les leçons online et les corrections à distance, tout en préparant le déjeuner, avec deux ou trois enfants dans les pattes.
  La Speranza, tous ces jeunes, qui après les premiers jours d’inconscience et d’insouciance, d’euphorie pour des « vacances » inespérées, retrouvent le sens de la responsabilité, et dont on découvre qu’ils savent être graves et civiques quand il le faut, sans jamais perdre créativité et sens de l’humour : et voilà que chaque soir à 18h, il y aura un flashmob pour tous… un flashmob particulier. Chacun chez soi, depuis sa fenêtre… et la ville entendra résonner l’hymne italien, depuis tous les foyers, puis les autres soirs une chanson populaire, chantée à l’unisson. Parce que les moments graves unissent.
  La Speranza, tous ces parents qui redoublent d’ingéniosité et de créativité pour inventer de nouveaux jeux à faire en famille, et ces initiatives de réserver des moments « mobile-free » pour tous.
  La Speranza – après un premier temps d’explosion des instincts les plus primaires de survie (courses frénétiques au supermarché, ruée sur les masques et désinfectants, exode dans la nuit vers le sud…) – ce sont aussi les étudiants qui, au milieu de tout ça, ont gardé calme, responsabilité et civisme… qui ont eu le courage de rester à Milan, loin de leurs familles, pour protéger leurs régions plus vulnérables, la Calabre, la Sicile… mais surtout qui résistent encore à cet autre instinct primaire de condamner et de montrer du doigt pleins de rage ou d’envie, ceux qui n’ont pas eu la force de se voir un mois isolés, loin de leur famille, et qui ont fui.
  La Speranza c’est ce policier qui, lors des contrôles des ‘auto-certificats’ et tombant sur celui d’une infirmière qui enchaîne les tours et retourne au front, s’incline devant elle, ému : « Massimo rispetto » (« très grand respect »).
Et la Speranza bien sûr, elle est toute concentrée dans cette ‘camicia verde’ (blouse verte) des médecins et le dévouement de tout le personnel sanitaire, qui s’épuisent dans les hôpitaux débordés, et continuent le combat. Et tous de les considérer ces jours-ci comme les véritables « anges de la Patrie ».

  Mais la Speranza c’est aussi une vie qui commence au milieu de la tourmente, ma petite sœur qui, en plein naufrage de la Bourse, met au monde un petit Noé à deux pays d’ici, tandis que tout le monde se replie dans son Arche, pour la « survie », non pas des espèces cette fois-ci, mais des plus vulnérables.
Et voilà la Speranza, par-dessus tout : ce sont ces pays riches et productifs, d’une Europe que l’on croyait si facilement disposée à se débarrasser de ses vieux, que l’on pensait cynique face à l’euthanasie des plus « précaires de la santé »… les voilà ces pays qui tout d’un coup défendent la vie, les plus fragiles, les moins productifs, les ‘encombrants’ et lourds pour le système-roi, avec le fameux problème des retraites… Et voilà notre économie à genoux. À genoux au chevet des plus vieux et des plus vulnérables. Tout un pays qui s’arrête, pour eux…

  Et en ce Carême particulier, un plan de route nouveau : traverser le désert, prier et redécouvrir la faim eucharistique. Vivre ce que vivent des milliers de chrétiens de par le monde. Retrouver l’émerveillement. Sortir de nos routines…
  Et dans ce brouillard total, naviguer à vue, réapprendre la confiance, la vraie. S’abandonner à la Providence.
  Et apprendre à s’arrêter aussi. Car il fallait un minuscule virus, invisible, dérisoire, et qui nous rit au nez, pour freiner notre course folle.
  Et au bout, l’espérance de Pâques, la victoire de la vie à la fin de ce long carême, qui sera aussi explosion d’étreintes retrouvées, de gestes d’affection et d’une communion longtemps espérée, après un long jeûne.
  Et l’on pourra dire avec saint François « Loué sois-Tu, ô Seigneur, pour petit frère Coronavirus, qui nous a réappris l’humilité, la valeur de la vie et la communion ! ».

Courage, n’ayez pas peur : Moi, j’ai vaincu le monde ! (Jn 16, 33)
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Merci à cette religieuse de Milan pour ce beau texte. P. THEPAUT

‘Gweled ar marc'h glaz' (voir la trouée du cheval bleu).

‘Gweled ar marc'h glaz' (voir la trouée du cheval bleu).

Ailleurs dans le Léon, on dit : Gweled bragez an archer (voir la culotte bleue du gendarme)
    Dans les ciels gris de l’hiver se montre parfois une éclaircie, une trouée de lumière entre les nuages. L’expression bretonne est : « gweled ar marc'h glaz ».
Dans les multiples occupations et soucis de notre vie, se laisse parfois voir la raison de toute une existence : je reçois alors une confirmation des efforts accomplis, une révélation au-delà de ma peine ; un parent dit volontiers à son enfant : « C’est pour toi que je fais tout cela ! » Belle ‘trouée bleue’ !
    En considérant ma foi et mes pratiques chrétiennes, je peux être dans le doute. « Faut-il donc que je continue à croire en toi, Seigneur, alors que tu me donnes si peu de signes de ta présence ? Si au moins tu te révélais à moi, je pourrais continuer ma route en paix avec toi. » Dans le tourment, nous vient à la bouche le verset : « Vraiment, tu es un Dieu qui se cache ! » (Isaïe 45,15).
    Jésus est ‘transfiguré’ sur la montagne (Mt 17, 1-9). Il apparaît comme une ‘trouée bleue’ vers un monde divin et mystérieux, proche et lointain à la fois. C’est un Dieu qui se montre en gloire, pour nous éviter le découragement. Nulle fuite des tribulations de la vie dans cette image glorieuse de Jésus : en descendant de la montagne, c’est bien sa mort que Jésus annonce à ses disciples. Il n’annonce pas sa gloire, mais sa mort.
Une voix nous demande d’écouter cet enseignement déconcertant. Elle dit : « Accueillez, en lui et en vous-mêmes, l’étroit emmêlement de la gloire et de la souffrance, de la puissance et de la faiblesse, de la mort et de la résurrection. »
    Tout cela est bien loin du beau poème Spleen. Baudelaire qui décrit si bien les variations de l’âme humaine n’a pas vu le ‘cheval bleu’ :
« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis
Et que l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits… »

    ‘Transfiguration’ : être attentif aux « trouées bleues » dans notre vie et dans le monde, anticiper l’aube de Pâques alors qu’il n’y a parfois plus rien à espérer. Merci, Seigneur, de nous préparer à la trouée pascale qui sauve le monde !
    Père Dominique THEPAUT 

  « Tu vas à ton entraînement ? » (Propos pour un Carême intense).

« Tu vas à ton entraînement ? » (Propos pour un Carême intense).

    Question posée par ses parents à un jeune sportif qui regarde tomber la pluie… Question posée à tout chrétien qui se laisse aller à la monotonie de sa foi. « Mais que diront tes coéquipiers si tu ne vas pas améliorer ton jeu avec eux ? »
    Ce qui vaut de l’entraînement du corps vaut aussi pour l’hygiène de l’esprit. Depuis quand n’avez-vous pas fait d’exercice spirituel pour accueillir en vous cette dimension essentielle de votre être ?
    En carême, les fidèles chrétiens sont invités à leur ‘contrôle technique’. Un temps d’effort, souvent centré sur soi-même : « Regarde, Mon Dieu, ce que je suis capable de faire : plus qu’un seul sucre dans mon café. »  On se restreint ainsi soi-même face à ce que l’on considère comme une exigence divine.
Pour modérer les sacrifices individuels, rien ne vaut la cohésion, un carême ensemble, en se laissant entraîner par les autres au meilleur de nous-mêmes.
    Notre paroisse se met en route : une « équipe pilote de projets spirituels » nous propose le verset d’évangile en Jean 10,10 : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance ». Oui, il est question de la vie, et de la vie en excès qui nous est offerte… pas de la restriction ou de la limitation ! En quatre points voici une manière d’entendre cette parole d’Evangile :
   1)- Considérer que la vie que nous donne Dieu est tout en excès, face à toutes les limitations raisonnables que le monde peut opposer : en nous le Christ déborde et va bien au-delà de ce que nous pourrions imaginer. Les prédications à venir porteront sur cet aspect de notre relation à lui.
   2)- Interroger la manière dont nous agissons dans ce que nous faisons déjà pour faire vivre notre Eglise. Que nous soyons chargés de la propreté ou de la catéchèse, que nous soyons dans un groupe de réflexion chrétienne ou simple paroissien du dimanche, comment vivre l’excès de Dieu dans notre vie chrétienne ? Des éléments nous seront donnés pour cela.
   3)- Célébrer chaque moment du Carême et de Pâques comme un sommet de notre relation à Dieu : chaque messe est déjà notre participation à « un banquet de viandes grasses et de vins décantés » (Isaïe 25,6). Jeûnons un peu avant, pour nous laisser de la place dans l’estomac !
   4)- Annoncer à tous que Dieu nous fait vivre gratuitement, car nous sommes témoins de l’excès de Dieu. A tout ce que nous faisons déjà s’ajoutent :
    -en direction des jeunes, une messe du dimanche soir et la création d’une aumônerie 18-30 ans ;
    -en direction des jeunes adultes, des rencontres d’après-messe pour les moins de 45 ans ;
    -en direction des familles et des jeunes enfants le pèlerinage d’un jour du "Tro Breiz des enfants".
    -en direction des chrétiens du seuil et des gens de passage, un accueil cathédrale.
Voilà ! Nous allons à notre entraînement, avec ce que nous sommes et malgré les pluies froides. Mais le ‘coach’ est le Seigneur lui-même et, son équipe, c’est l’Eglise, Corps du Christ. Laissons-nous entraîner dans l’excès de Dieu !
Père Dominique THEPAUT

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