Procréation médicalement assistée, progrès de l'humanité ?

Procréation médicalement assistée, progrès de l'humanité ?

    Mgr AUPETIT, archevêque de Paris et médecin de formation, nous alerte : « Il semble qu’une partie de nos citoyens, y compris des catholiques, ne prennent pas la mesure des changements de société qui peuvent nous impacter. » (Introduction au livret : bioéthique /comprendre les enjeux).
    Le responsable paroissial que je suis insiste sur les conséquences spirituelles d’une telle dissociation entre l’être biologique de la personne et son être social. Nous ne sommes pas tous des parents, mais nous sommes les fils et les filles de nos ascendants. Et c’est cela qui nous définit d’abord. C’est parce que je sais que je suis né de quelqu’un que je peux constituer mon identité humaine. Et, comme dit Saint Jean l’Evangéliste, c’est aussi parce que je suis « né de Dieu » que je peux reconnaître ma vocation divine.
    Quelques fidèles de notre paroisse qui avaient animé avec bonheur les débats du printemps dernier nous proposent un texte pour nous réveiller :

    « Le président de la République, comme il s’y était engagé, et son gouvernement ont déposé un projet de loi bioéthique devant le Parlement visant à étendre la PMA (Procréation Médicalement Assistée) aux femmes seules et aux couples de femmes homosexuelles alors qu’actuellement celle-ci est exclusivement réservée aux couples hétérosexuels infertiles. Le pouvoir politique s’apprête non seulement à sauter les limites de ce qu’il avait encadré jusqu’alors, mais également à faire prendre en charge par la communauté nationale le coût de ce projet. Il sera soumis au vote des députés à la rentrée.
Beaucoup d’observateurs de la vie politique s’accordent à penser que tout est déjà joué. La majorité acquise à ce projet, majoritaire au Parlement, est devant ses responsabilités.
Pourtant ce ne sont pas les voix qui manquent pour mettre en garde contre ses dérives. Des consciences ont déjà porté haut leur inquiétude, voire leur opposition en soulignant qu’avec ce projet nous basculions dans un autre monde, celui où la filiation biologique commune et admise depuis toujours va être bouleversée, celui où le corps médical va se doter d’une autre vocation que celle d’être au service de la fragilité, celui d’une économie de la procréation déjà à l’œuvre. Et bien d’autres conséquences.
Nous, fidèles de cette paroisse, chrétiens engagés mais aussi citoyens actifs de notre cité, avons à nourrir notre réflexion sur les enjeux d’une loi si clivante.
Aussi nous vous invitons à la mûrir et la partager. La paroisse vous proposera une rencontre à la rentrée. »
Signé : des chrétiens engagés  

       Une rencontre paroissiale se tiendra le jeudi 19 septembre de 19h à 21h à la salle Ste-Anne à Saint Pol. Chacun apporte son « repas tiré du sac » ; la paroisse fournit les boissons. Au cours de ce dîner-débat nous pourrons exprimer nos compréhensions et incompréhensions diverses de ce projet de loi, exprimer nos inquiétudes, et envisager des formes d’action ou de réaction.
Père Dominique Thépaut

Quelle serait votre fière devise ?

Quelle serait votre fière devise ?

     La paroisse de Saint Pol de Léon recevait son curé nommé par Monseigneur de Quimper. Un fidèle voulut le féliciter : « Alors, monsieur le curé, vous devez être fier d’avoir été nommé à Saint Pol ! ». Le nouveau venu considéra son interlocuteur, puis désigna les clochers de la cathédrale et du Kreisker : « Fier ? Non ; fier je ne suis pas : ici il y a assez de gens fiers comme ça ! ».
     Cela se passait il y a plus de cinquante ans. Mais ce prêtre, un cornouaillais, sans doute, avait vu juste ; les paroisses des alentours ajoutent : « Kastell a goummand ! » (C’est Saint Pol qui commande !). Elles notent ainsi la prédominance saint-politaine dans la fixation du prix des légumes. La devise officielle de la ville reprend des éléments de fierté : « Non offendo sed deffendo » (je n’attaque pas mais je me défends). Une devise doit dire un objectif ; par un mot de ralliement, elle sollicite la fierté et la cohésion. 
     Les devises mettent rarement l’humilité en avant… Cependant, je suis heureusement étonné de la devise épiscopale choisie par Mgr GUELLEC, un cornouaillais encore, nouvellement ordonné évêque à Montpellier : « Marche humblement avec ton Dieu ». Cette phrase est tirée du très beau verset biblique en Michée 6,8 : « On t’a fait savoir ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi, ô homme : pas autre chose que d’accomplir la justice, aimer la miséricorde, et marcher humblement avec ton Dieu. »
     Il y a là un beau programme de vie, très brièvement exprimé ; mieux que de longs développements, apparaît ici la fierté simple de cheminer avec son Créateur dans le projet de se réconcilier avec ses frères. On devrait tous apprendre par cœur cette citation du Livre de Michée, pour répondre avec classe à ceux qui nous demandent de rendre compte de notre foi.
     Devoir de vacances : pourquoi chacun d’entre nous ne choisirait-il pas une devise, c'est-à-dire une phrase tirée de la Bible ou composée par lui-même qui dise la manière dont il comprend sa vie ? Ce n’est pas si difficile : nous avons tous un passage préféré de la Bible, une belle phrase de l’Evangile qui a touché notre cœur ; une manière singulière de poser notre équation personnelle et de l’articuler à la vie, l’amour, la mort.
     Bon, la question reste : quelle est la dose de fierté et d’humilité que nous sommes prêts à mettre dans la devise de notre vie ? Je ne résiste pas au plaisir de vous citer la fière devise du Lieutenant de Vaisseau Pierre GUILLAUME, dit le Crabe-Tambour. Ce grand soldat avait choisi d’orienter sa vie par ceci : « Mon âme à Dieu. Mon corps à la patrie. Mon honneur à moi. »
     Pour modifier le dosage entre la fierté et l’humilité, vous pouvez toujours y ajouter le sel des trois vertus théologales : « Foi, Espérance, Charité ».

             Père Dominique THEPAUT 

Du ‘temps mort' à l'éternité : éclats de l'Assomption.

Du ‘temps mort' à l'éternité : éclats de l'Assomption.

      Non, il n’est pas vrai que tout passe avec le temps : la vie s’en va, le corps est promis à la corruption, mais le bien, lui, ne meurt pas. Le plus petit rayon de pureté, de bonté, d’humilité, de courage et de patience qui traverse l’épaisseur des choses terrestres mérite de briller pour toujours. Le jour de notre mort devient alors cet instant mystérieux ; il représente le point de contact entre le temps et l’éternité.
      Comment se développe en nous l’éternité ? Dans la succession des actions qui s’embrouillent et s’évanouissent avec le poids des jours, l’élan vers l’éternité peut se résumer à cette question : ai-je au moins été bon envers quelqu’un ? Au-delà de ce qui peut m’entraîner vers le mal, me suis-je laissé attirer par le bien ? Ai-je ainsi échappé à la mort promise à mon corps ? Car il ne me suffit pas d’être efficace en ce monde pour conduire ma vie, il me faut aussi me comporter en personne morale ; savoir dire non à mes pulsions ; apprécier la porte éternelle qui s’ouvre quand j’agis pour l’autre contre mes intérêts. Albert Camus rapportait que son père lui disait : « Un homme, ça s’empêche ».
      Marie, la toute pure, a échappé aux temps morts de l’entraînement vers le mal. C’est en 1854 que l’Eglise l’a définie « Immaculée conception », conçue sans cette inclination pécheresse qui est la nôtre. Il était alors naturel que l’Eglise définisse également en 1950 son entrée « corps et âme dans la vie éternelle », dans la vie même de Dieu. Elle a vécu comme nous sous le signe du transitoire et de l’éphémère, mais elle a vécu sans ‘temps morts’. Elle a vécu toute en bonté. Elle devient aujourd’hui source d’élan pour l’Eglise.
      C’est la force de salut du Christ qui opère cette transformation en Marie, corps et âme, comme il le fait ensuite pour chacun de nous. Nous pouvons prier « la première en chemin » en disant : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pécheurs. Maintenant, en ce temps éphémère où nous vivons et qui fut aussi le vôtre, et à l’heure de notre mort. Et puissions-nous ainsi entrer dans l’éternité qui est aujourd’hui la vôtre, et dont nous faisons la sainte célébration ».
               Père Dominique THEPAUT 

C'est celui que je reçois qui me donne mon identité…

C'est celui que je reçois qui me donne mon identité…

    « Deviens ce que tu es » : en puisant dans ses propres ressources et en les organisant au mieux, on pourrait ainsi s’accomplir humainement et spirituellement. L’identité de la personne serait-elle d’abord une aventure personnelle ? Toute une littérature d’inspiration bouddhiste nous incite à nous resserrer sur nos énergies intérieures.
     Tout au contraire, le chemin chrétien passe par l’hospitalité. La rencontre est une surprise. L’accueil du différent de soi-même est la clé de l’existence. Cela ne va pas sans conflit, sans remise en question de sa culture, de sa langue, de son savoir et de ses manières de faire. Recevoir quelqu’un et l’écouter, c’est mettre entre parenthèses ses certitudes, c’est accepter d’être déstabilisé dans ses convictions premières. C’est enrichir sa pauvreté initiale.
    Nous avons longtemps considéré que la mission de l’Eglise était de propager à tous les convictions, les rites et la morale du groupe des croyants. C’est « l’autre » qu’il fallait « convertir » ; c’était à « l’autre » de changer son point de vue. Oui, mais la question demeure : avons-nous suffisamment écouté celui qui résiste à nos discours trop chrétiens, celui qui habite sur le seuil de notre maison commune mais ne veut pas y entrer, ou hésite à passer la porte ?
    Une « pastorale du seuil », un accueil simple du passant, même incroyant, ou fâché avec l’église catholique, est le préalable à toute vraie rencontre. Même Jésus, modèle de liberté humaine, procède ainsi dans ses rencontres sur les routes de Palestine : parfois il demande simplement : « Que veux-tu que je fasse pour toi ?», sans même s’inquiéter de la foi de l’être humain qui sollicite son attention. Ailleurs, c’est lui-même qui manifeste sa faiblesse en demandant de l’aide, en demandant à boire à une Samaritaine, en écoutant.
    La mission d’une paroisse est bien d’offrir un accueil sur les seuils de nos églises : nous le faisons déjà à travers les familles qui présentent les enfants au baptême et aux divers sacrements de l’initiation chrétienne ; à travers ceux qui se préparent au mariage ; à l’occasion de la préparation des funérailles.
Les nombreux bénévoles de la paroisse qui œuvrent là sont aussi les accueillants du seuil. Ils prennent plaisir à être en contact avec l’existence des gens qui viennent à eux, à parler à ceux qui ne font pas partie des pratiquants. Bien plus, ces écoutants du seuil reçoivent leur identité-même de ces visiteurs.
    Ces bénévoles n’ont pas simplement l’impression de rendre un service à l’Eglise en « aidant monsieur le curé » : ils dévoilent au plus grand nombre la bienveillance d’un Dieu qui écoute et compatit, d’un Dieu qui ne juge pas, qui n’impose rien, mais qui sollicite la capacité d’aimer inscrite en chacun.
    Bien plus étrange encore : en acceptant l’aventure de la rencontre, ils doivent garder un beau doute sur l’identité de ceux qu’ils reçoivent : ainsi, dans la Bible (Gen 18),  Abraham accueillit  trois visiteurs ; l’épître aux Hébreux (13, 1-2) donne le sens de cette rencontre : « N’oubliez pas l’hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges. » 
             Père Dominique THEPAUT 

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