La foi est-elle un patrimoine religieux immatériel ?

La foi est-elle un patrimoine religieux immatériel ?

    Les journées du patrimoine nous font envisager avec bonheur tout ce qui nous a été légué d’éléments matériels (châteaux, églises ou chapelles, diverses œuvres d’art). Depuis quelques années, l’UNESCO a mis en avant la notion de patrimoine immatériel, fait des coutumes des peuples et de leurs danses, de leurs langues et de leurs manières d’envisager la vie, l’amour, la mort. En célébrant les « journées du patrimoine », j’ose poser cette question : notre foi catholique est-elle à classer parmi le patrimoine immatériel de l’humanité ?
    Non, disent certains, car la foi, ce n’est pas du folklore, ça ne se visite pas, ça se vit…  …quoique nos processions de croix et bannières, et notre cathédrale de Saint Pol attirent l’admiration et les photos des touristes.
Non, disent d’autres, nos pratiques religieuses ne sont pas, comme les danses ou les vieux contes, des formes culturelles à conserver : nos gestes et paroles d’église de sont pas « en voie de disparition ». Ah, êtes-vous si sûrs de la bonne transmission des codes chrétiens à nos contemporains ? Ma grand-mère faisait le signe de la croix chaque fois que son chemin passait devant un calvaire de bord de route… qui sait encore pourquoi ?
    En revanche, Il y a une forme de patrimoine religieux immatériel à disposition de tous les baptisés : c’est le sens chrétien des fidèles (sensus fidei fidelium) qui repère ce qui sonne juste de ce qui est « malsonnant » dans une expression de foi. On en a la trace dans l’expression : « Tout cela n’est pas très catholique ».
    Ce sont donc les chrétiens qui, intuitivement et sans le secours d’un clergé prescripteur, savent déjà ce qui ‘fait chrétien’ et ce qui est contraire à la sensibilité issue de la foi. Cette faculté de discernement est un habitus, une réalité qui habite les cœurs et les esprits, et qui est bien plus large que ce qu’ils ont appris au catéchisme ou dans la prédication de monsieur le curé.
    On touche là à une réalité culturelle qui associe la sensibilité et l’expérience spirituelle personnelle, la pratique religieuse et la défense commune de convictions et valeurs humaines qui se transmettent d’une génération à l’autre sans sentir le renfermé des vieilles armoires. Fierté de l’homme et de ses réponses face aux grandes questions de son origine et de sa fin, face à sa fragilité et son espérance, face à son Créateur. Un patrimoine religieux immatériel qui donne toute son extension à la foi initiale ? Oui, et tout cela est au moins aussi beau que les pierres de nos fiers clochers.
Père Dominique THEPAUT 

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