Une réflexion sur une mosaïque du Christ en gloire.

Une réflexion sur une mosaïque du Christ en gloire.

 Cette mosaïque provient d’une église de Ravenne dédiée à l’archange Michel. On y voit un Christ juvénile et imberbe debout. Il se tient en vainqueur. En guise de sceptre, il tient une croix dans sa main droite. Sa main gauche est voilée et supporte un codex ouvert en direction du spectateur où est inscrit un verset de l’évangile de ce 5ème dimanche de Pâques de l’année  A : «   Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9). Sur la page de gauche, un autre verset : « Le Père et moi, nous sommes un » (Jn 10,30).
        Il ne s’agit pas d’une illustration d’un passage de l’évangile, mais d’une effigie du Dieu-homme, d’une réflexion théologique qui met en valeur la divinité du Christ et sa dignité de Seigneur triomphant de la mort. Les premières images que les chrétiens font de leur Dieu marquent une rupture avec les statues de culte des dieux païens. La visée de ce genre de mosaïque est cependant ornementale. Nous ne sommes pas encore dans la vénération des icônes, ni dans les représentations trinitaires ou mariales, bien postérieures.
Dans ces mosaïques du VIème siècle s’énonce une règle de représentation de Dieu que le théologien des images François BOESPFLUG formule ainsi :
         « Si Dieu peut et doit être figuré, c’est uniquement en raison du Christ, et sur un mode christique, c'est-à-dire concrètement sous les traits (que l’on croit avoir été ceux) du Christ.
     Refuser sa représentation, serait ne pas croire à son Incarnation ; mais le représenter autrement serait mal croire à son Incarnation, car cela sous entendrait que la Révélation de Dieu en Christ est comme incomplète. (…) Iréné de Lyon a condensé cela en une formule : ‘Le visible du Père, c’est le Fils ; et l’invisible du Fils, c’est le Père’. »

(Dieu et ses images, Paris, Bayard, 2008, p. 120)
Eléments rassemblés par le père Dom. THEPAUT

Une homélie sur le texte des disciples d'Emmaüs

Une homélie sur le texte des disciples d'Emmaüs

           Qui d'entre nous ne s'est pas trouvé un jour sur la route d'Emmaüs, tenté de perdre cœur, lorsque nous voyons que notre société est indifférente à Dieu, lorsque nous constatons l'insignifiance de l'Eglise pour les masses incroyantes fascinées par de nouvelles idoles ?
          Qui d'entre nous ne s'est pas senti circonspect avec ses questions au sujet de Jésus, avec ses espoirs déçus et sa foi chancelante ?
          Car nous sommes facilement portés au soupçon. Nous craignons de nous laisser abuser, et le mystère de Pâques n'y échappe pas : Jésus est-il ressuscité, oui ou non, et comment pouvons-nous nous en assurer ; et surtout, qu'est-ce que cela nous rapporte ?
           Oui, comme les deux disciples qui marchent vers Emmaüs avec beaucoup de déceptions, nous sommes « longs à comprendre et lents à croire... »
           Si Dieu est en train de perdre sa toute-puissance face à l'or et aux machines des hommes, face aux pouvoirs et aux injustices, face à la souffrance du mal et de la mort, quel crédit porter à ce que l'on nous a raconté sur Jésus de Nazareth et à sa force de salut et de résurrection ?
          Il faut souvent refaire, si pénible soit-elle, cette route d'Emmaüs qui va de la désespérance à la foi, avec son rythme lent, très lent et cette lumière inattendue du soir.
          Oui, être chrétien, c'est être confronté au doute en même temps qu'à l'espérance qui vient de Dieu. Voici une belle définition de la foi : ‘la foi est un doute surmonté’. Car nous ne sommes pas immédiatement dans l’enthousiasme.
           Être chrétien c'est affronter la misère du monde en même temps que sa propre impuissance. C’est également se laisser séduire par les paroles de vie qui viennent d'un Dieu qui marche avec nous, qui souffre avec nous, qui nous gagne peu à peu à la vie avec lui.
           Oui, il nous rejoint sur de telles routes escarpées, le compagnon invisible de nos vies. Jésus survient en chemin, il nous prend là où nous sommes, il nous questionne pendant la longue marche, propice aux confidences.
         Il a tant de choses à nous dire concernant notre destinée et la sienne : notamment que toute vie doit passer par la croix pour entrer dans la gloire.
         Notre monde croit volontiers que la vie doit être la plus agréable possible, qu'il faut éviter la souffrance et la maladie, qu'il faut effacer les traces de l'âge et ne pas penser à la mort.
          Nous sommes de ce monde, nous aussi, comme ces deux compagnons d'Emmaüs, qui voulaient que Jésus gouverne le peuple d'Israël et chasse les romains.
          Mais notre cœur se réchauffe au contact de celui qui marche avec nous. Et nous comprenons peu à peu que Jésus a inauguré une espérance inouïe, bien plus importante que tous nos calculs politiques ou moraux, une espérance bien différente de nos rêves.
          Par son corps, il nous offre cette vie éternelle qui est aussi la nôtre quand nous osons dire : "Je crois en la résurrection de la chair".
          C'est encore de son corps et du nôtre qu'il s'agit : il nous donne son corps en apparition et en nourriture. Nous devenons alors ce que nous recevons, c'est-à-dire le Corps du Christ. Nos corps sont pleinement associés à son passage de la croix vers la gloire.
A chaque eucharistie s'opère ce dévoilement de notre destinée en Dieu : Jésus nous parle de nous-mêmes plus que de lui... il nous dit clairement que nous sommes fils de Dieu, héritiers de la vie de Dieu.
         Jésus disparaît, dans l'instant même où son identité se dévoile sous les signes de l'eucharistie. Il reste parmi nous cependant, en nous permettant d’exister dans son absence.
Que cette espérance illumine tous nos doutes. Qu'elle nous donne la joie d'aimer et de servir à la suite de celui qui accompagne nos chemins. Amen.
Père Dominique THEPAUT, avec des collaborations.

 « Seigneur, ton ami est malade » (Jean 11,3)

« Seigneur, ton ami est malade » (Jean 11,3)

    Méditation pour des malades en fin de vie, afin de susciter la prière de l’Eglise.
Contribution spirituelle à une re-création de soi-même en Dieu.

    Nous savons assez que la maladie peut perturber nos relations et affaiblir notre confiance. Les protections requises contre les risques de contamination isolent chacun dans son incertitude sanitaire. Tout alors se recroqueville, et nous vivons un avenir impossible. Un présent dangereux écrase les projets.
    « Vous vous ennuyez ? » demande-t-on à un malade. « - Je ne m’ennuie jamais, puisque je souffre ! ». Expérience limite d’une conscience qui se saisit d’elle-même sans besoin du monde pour occuper son temps. On accepte encore quelques connaissances à son chevet, mais pas trop longtemps.
    Si la souffrance écarte le monde du patient, quelle est maintenant sa relation à Dieu ? Car la créature peut, à juste titre, se plaindre à son Créateur : « Pourquoi, Seigneur, en plus du plaisir, as-tu rajouté la souffrance au vivant ? » 
L’Eglise en prière porte le cri de l’homme malade vers Dieu (Psaume 6, 4. 7-8) :
« Je tremble de tous mes os, de toute mon âme je tremble, (…)
Je m’épuise à force de gémir, chaque nuit je pleure sur mon lit,
Ma couche est trempée de larmes, mes yeux sont rongés de chagrin. »

    Quand la fatigue lui retire la force intérieure de se battre contre le mal qui l’emporte, l’agonisant est même dépossédé de sa voix. Nous qui l’entourons, pourrions alors lui prêter quelques mots pour sa dernière prière :
    «Tu vois, Seigneur, je ne peux plus rien pour moi-même, je ne veux même plus rien : la maladie me remet dans la nudité de ma création au Jardin des Origines.
Alors, Seigneur, puisque je ne peux plus désirer aucun fruit savoureux, puisque la maladie me dessaisit de l’appétit de connaissance et de vie, c’est à toi, maintenant, Seigneur, de vouloir pour moi ; je t’oblige ainsi à me recréer dans la puissance de ta vie. A Toi la main !
C’est maintenant un corps sans pouvoir, sans vouloir, sans autonomie (intubé de partout),  sans vie sociale, que je remets, Seigneur, entre tes mains créatrices et recréatrices. Que ta volonté soit faite !».

      
Père Dominique THEPAUT 

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