Mon Père, de quel côté dois-je tourner la croix ?

Mon Père, de quel côté dois-je tourner la croix ?

 La question m’est posée par un porteur qui doit ouvrir la procession du pardon. Il faut dire que la croix d’argent, comme certaines croix anciennes de chez nous, met dos à dos Jésus et sa mère Marie.
    Attends, lui dis-je, je réfléchis un moment. Ca y est, j’ai compris, Marie  est dans le même sens que ceux qui marchent derrière elle, et Jésus doit  être vu de tous ceux qui suivent la croix. Je t’explique comme je peux :
-Nous devons suivre le Christ, et donc ne pas le perdre des yeux. C’est la croix que le prêtre dispose sur l’autel pour avoir ‘devant les yeux’ la figure de Jésus quand il célèbre la messe ; avant de communier le prêtre dit tout bas : « Fais que jamais je ne sois séparé de toi » ; c’est le Christ en croix dont on présente l’effigie au mourant. Il ne faut donc jamais être séparé du Christ, et dans une procession, nos yeux le suivent. Il doit donc être tourné vers les fidèles pour être visible d’eux.
     Je sens que mon explication n’est pas tout à fait satisfaisante pour le porteur de croix. Il fait faire un demi-tour à la croix en me disant : « C’est donc Marie qui ouvre la procession ? »
-Oui, Marie est ‘la première en chemin’. On pourrait même dire qu’en portant dans sa chair le Sauveur du monde, elle a « traversé » le Christ, et se trouve donc de l’autre côté de la croix. Elle est en avant de nous et nous invite également à « passer par le Christ ».
     Tout procession est une dynamique de vie : nous ne sommes pas seulement en train de marcher pieusement derrière une croix de procession, nous sommes vraiment en train de passer au-delà de la croix, par la force d’attraction du Christ qui ose dire : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes (Jn 12,32).»
    Jésus demande : « Suis-moi » à bien des disciples. Marie n’a jamais demandé à personne de la suivre. Mais elle est ‘la première en chemin’, comme nous le chantons dans un cantique. Elle nous entraîne à ‘passer par le Christ’.
   Mon porteur de croix, hésitant au départ sur le sens à donner à la croix de procession, a maintenant une conviction ferme. Il la tient ferme ; il est tout proche de la traverser à l’invitation du Christ.
   Chers paroissiens, la pandémie nous a privés de processions cet été. Mais nous restons dans ce mouvement de vie d’un pèlerinage qui nous fait marcher joyeusement à la suite du Christ. Nous sommes in via (en chemin) pour arriver in patria (dans le sein du Père). Que cette perspective éclaire nos pas.

     Père Dominique THEPAUT
 

ASSOMPTION - Poème chrétien

ASSOMPTION - Poème chrétien

« Aujourd’hui la Vierge Marie, la Mère de Dieu, est élevée dans la gloire du ciel : parfaite image de l’Eglise à venir, aurore de l’Eglise triomphante, elle guide et soutient l’espérance de ton peuple encore en chemin. Tu as préservé de la dégradation du tombeau le corps qui avait porté ton propre Fils  et mis au monde l’auteur de la vie. » (Préface de la messe de l’Assomption)

ASSOMPTION     Poème chrétien

" Ancilla Domini "


C’est la toute petite,
La « petite servante du Seigneur » :
A l’ange entré chez elle,
Elle a donné réponse :
Elle a dit « oui »,
Simplement.
Elle est simple, Marie,
Sans pli,
Comme la mer aux aurores d’été,
Laque de nacre rose.
Elle est simple, Marie,
Transparente,
Tel un cristal que le soleil traverse.
Le Ciel entier attend
La réponse de la toute petite,
Dans son petit village
D’un tout petit pays…
Celle dont le nom marie le Ciel avec la Terre,
Elle a dit : « oui »,
Marie .
« fiat mihi secundum Verbum tuum »
Alors, emportée toute,
Fétu de paille sur le flot du torrent,
Elle n’est plus que son « oui »
« et Verbum caro factum est ».
Toute entière livrée à Celui qui l’a faite,
devenue Mère de Dieu
autant que mère des hommes,Dieu l’emporte,
« plus haut que les nuées »,
là où elle nous attend,
nous : « filii Evae »,
Marie, vierge cosmique,
gage de notre accès à l’éternel présent.
C’est la toute petite et la reine des anges,
créature accomplie, et nature ‘assomptée’,
Marie, notre sœur,
Est bénie entre toutes les âmes.       

     DL+  (P. Dominique de LAFFOREST)

Coronavirus et vie chrétienne : un malaise révélateur.

Coronavirus et vie chrétienne : un malaise révélateur.

 Depuis maintenant six mois, la vie chrétienne est affectée par les mesures sanitaires et la manière d’y consentir. Le coronavirus nous conditionne selon trois marqueurs : la relation de l’Eglise avec la société civile ; l’action de Dieu dans le monde ; la charité, vertu première. Je reviens sur ces trois points.

  1)La relation de l’Eglise avec la société civile est au centre des premières critiques : «Pourquoi les évêques vont-ils ‘au-delà’ des mesures  préconisées par le gouvernement ?» s’entend dans les milieux  traditionnels de l’Eglise. S’affirme là une position de combat contre les autorités civiles qui malmènent la morale familiale depuis des décennies.
Ce qui cristallise le plus d’oppositions est l’interdiction épiscopale de communier dans la bouche. Y aurait-il complot contre l’eucharistie ?
Les évêques, conscient de la responsabilité des chrétiens dans la cité, appellent à coopérer au bien commun, surtout quand la vie est en jeu. Des fidèles sourds à cet argument se répandent sur les réseaux sociaux. D’autres, au contraire, réclament des mesures de protection encore plus drastiques. Beaucoup s’abstiennent car ils se sentent fragiles. La cohésion de nos communautés chrétiennes est bien malmenée.

  2)L’action de Dieu dans le monde est largement interrogée : Le Tout-Puissant veut-il, par cette pandémie, nous punir de nos fautes, nous ‘ramener à lui’ ? Faut-il davantage prier, consacrer nos villes à son saint Nom et bénir largement pour obtenir son indulgence ?
Cette conception est plus ‘religieuse qu’évangélique’. Certes, toute occasion est bonne pour nourrir un chemin de rencontre personnelle et communautaire avec le Christ.
Mais il n’y a pas, chez le Père des miséricordes, une comptabilité des peines et des mérites dans le combat contre une pandémie sans cause humaine repérable. Tout doit profiter à ceux qui aiment Dieu, sans que leur cœur se durcisse dans le malheur.
La puissance de l’Eucharistie, la communion au Christ considérée comme plus fort que le mal viral, est une variante : puisque Jésus est avec moi, rien ne peut m’arriver. Mais le virus n’est-il pas, lui aussi, une partie de ce monde jugée ‘bon’ par le Créateur ? Question ouverte… et bien vaste.

  3)La charité est la vertu première qui doit guider toutes nos actions. Le port obligatoire du masque pendant les célébrations n’est pas  confortable. Certains veulent s’en dispenser pour des raisons trop personnelles : ‘Mais je ne suis pas malade, moi !’ ; ‘Je ne suis pas une personne à risque’ ; ‘Je ne vais quand même pas respirer pendant une heure le gaz carbonique que j’expire’. Positions très (trop) personnelles… Au-delà du respect prôné par les autorités civiles, le chrétien met la charité en acte. Si le Christ est le centre de sa vie, cette charité l’invite à aider ceux qui l’entourent, car tout être humain est l’aimé de Dieu.
    C’est un ‘malaise révélateur’ que cette pandémie chez les fidèles. Nous voici convoqués à la fidélité au Christ Sauveur : Il souffre avec les malades, Il meurt avec eux, Il combat le mal et la mort par la douceur de sa vie donnée. Qu’il reste notre repère de croissance spirituelle en cette période troublée.
Père Dominique THEPAUT 

Le catéchisme et la baratte à beurre

Le catéchisme et la baratte à beurre

Ou bien ‘Penaons deski ar c’hatekiz en eur ribotad’

     La catéchèse d’aujourd’hui utilise les ‘moyens pédagogiques’ adaptés à chaque âge de l’enfance. On suppose qu’ainsi l’élève grandit en même temps dans la compréhension de Dieu et du monde qui l’entoure.
    Connaissez-vous le catéchisme ‘à la baratte’ ? C’est une variété locale d’enseignement, utilisée au temps où il fallait apprendre ses leçons de catéchisme. Ma grand-mère faisait répéter ses enfants en tournant la manivelle de la baratte à beurre. Elle posait les questions :
-Petra eo Doue (Qu’est-ce que Dieu) ?
-Doue a zo eur spered pur ha peurvad, mestr ha krouer peb tra. (Dieu est un pur et parfait esprit, maître et créateur de toutes choses).

     Inutile de trop définir ce que voulait dire ‘un pur et parfait esprit’. Il fallait simplement retenir cela, et la mémoire (car il fallait savoir par cœur) était aidée du nombre de tours de manivelles que ma grand-mère donnait à la baratte en rythmant la réponse : 5 tours de manivelle pour la réponse à donner à cette question N° 1 du catéchisme dont je souligne ici les temps forts, comme le font les rappeurs d’aujourd’hui avec d’autres paroles :
-Doue a zo eur spered pur ha peurvad, mestr ha krouer war peb tra.
     C’était une véritable musique à laquelle la percussion des pales de la baratte donnait  élan. Très pratique, car en plus, on ne perdait pas son temps et on battait la crème, on faisait son beurre. Et on apprenait son catéchisme.
Le 25 juin dernier a été présenté à Rome un nouveau ‘directoire pour la catéchèse’ qui insiste sur la collaboration de trois lieux :
- La famille, qui offre une éducation chrétienne plus témoignée qu’enseignée.
- La paroisse, qui missionne des catéchistes pour structurer la foi chrétienne chez les jeunes.
- Les écoles catholiques qui sont invitées à dépasser le rôle d’ ‘institution éducative’ pour établir une ‘communauté de foi’.
     A la fin de cette année scolaire perturbée, nous saluons les efforts des parents pour transmettre la joie de leur foi (en battant la crème avec leurs enfants dans la cuisine ?) ; Nous remercions les équipes de catéchistes et les professeurs des écoles dans leur mission d’exposition et de vie de la foi catholique.
           P. Dominique THEPAUT