« Chacun entend les merveilles de Dieu dans sa langue. »

« Chacun entend les merveilles de Dieu dans sa langue. »

(Première lecture du jour de la Pentecôte / Actes 2, 1-11.)

       Tous les prêtres de la paroisse vous prêchent en français. Ils savent aussi d’autres langues, issues de leur culture originaire (breton, langues de la Côte d’Ivoire) ou apprises pour les besoins de leur ministère (espagnol, chinois, anglais, allemand). Certains montrent parfois une pointe d’érudition en latin…

     Beau mouvement de la Pentecôte : chaque ‘langue’ (de feu) multiplie le mode d’expression de la vie renouvelée offerte par le Christ.
Il ne s’agit pas uniquement de traduire en d’autres langues ce qui a été consigné en hébreu ou en grec, au risque de perdre un peu du ‘dépôt biblique’ initial. Car le mystère de Dieu s’enrichit de toutes les autres manières de le dire : chaque parler du monde a sa compréhension propre du réel visible et invisible. Pas de langue sacrée pour les chrétiens ! L’entretien avec le divin est profusion, et toute parole est déjà contenue dans le ‘Verbe’ de Dieu.

   Entendre les merveilles de Dieu dans sa langue, c’est aussi l’entendre dans son espace particulier : comment est-ce que je perçois aujourd’hui l’action de Dieu dans le contexte économique, social, culturel, et intellectuel d’un habitant de mon âge, en France, en 2021, c’est-à-dire dans ma langue du moment ?

   Entendre les merveilles de Dieu c’est pour chacun, chercher sa résonnance dans l’espace singulier de ses pensées, de son histoire, de sa vie présente et de ses projets, dans sa langue intérieure.  Alleluia à l’Esprit d’ouverture !
La ‘merveille de Dieu’, c’est déjà l’homme s’entretenant avec le Dieu saint.

Père Dom. THEPAUT

Qu'est-ce qui pourrait sauver l'amour ? (bis)

Qu'est-ce qui pourrait sauver l'amour ? (bis)

Et comment retrouver le goût de la vie, Qui pourra remplacer le besoin par l’envie ? Ah, Ah ! Où est le sauveur ?    (Daniel Balavoine)

Chacun aime à la mesure où il a été aimé ou mal aimé. Les blessures de l’amour peuvent cicatriser, mais elles laissent leurs traces. Elles contiennent aussi un dynamisme propre à surpasser toutes les déceptions.

Le cœur de l’homme est ainsi la somme de ses honteuses retraites et de ses pauvres courages. Pour exister, on montre sa force de caractère, mais on se laisse finalement vaincre par l’affection désarmante et non méritée qu’on reçoit. Dire à quelqu’un « je t’aime » c’est lui dire aussi « tu ne mourras pas ».

Quand Jésus parle de l’amour, il dit assez que la petite attention que nous donnons à nos frères, même « un simple verre d’eau » (Mt 10,42), nous entraîne déjà dans un vertige divin. Cette action ne nous rapporte rien : elle nous déporte vers la grâce. Comme la rose, l’amour est ‘sans pourquoi’, sa vérité est de se donner et de se perdre. Un tel amour est seul digne de foi.

La chanson de Daniel Balavoine dit assez que l’amour humain que nous expérimentons et l’amour que Dieu nous porte, sont une même et unique réalité : le mot a une acception bien large en français. Certains voudraient définir un ‘vrai amour’, un ‘pur amour’ : mais nous sommes tous des mendiants d’un ‘amour sans adjectif’ qui s’applique aussi bien à nos envies et à nos besoins qu’à notre quête d’accomplissement humain et divin. Ne sollicitons pas trop l’idéal, ne soyons pas des snobs méprisant les amours boiteuses et incomplètes. L’amour est bien le ‘sacrement de la vie’ et le bel outil de Dieu.

P. Dominique THEPAUT

Etrange malaise à un enterrement…

Etrange malaise à un enterrement…

     Eglise presque pleine aux funérailles d’un vieil homme. La famille a préparé des interventions pour lui rendre hommage et l’on apprend ainsi que c’était un bon époux et père, et un excellent grand-père. Ses petits enfants ont évoqué sa gentillesse, et sa manière bien à lui de parler de la mer et de ses années de pêche. Une grande humanité et quelques larmes s’élevaient de ces témoignages : le cher disparu apparaissait avec sa meilleure figure. Chacun de ceux qui étaient dans l’église aurait pu dire : « Oui, c’était bien lui, tout ça ».

    Vint le tour du dernier petit-fils du défunt, un étudiant, qui débuta son propos par cette déclaration inhabituelle : « Si nous sommes réunis aujourd’hui, ce n’est pas à cause de mon grand-père : c’est à cause de Jésus ! ».
Un silence sensible se fit à la réception de cette lourde phrase qui apparut toute incongrue : car c’est quelqu’un d’aimé et de respecté que l’on pleurait, et il était tout naturel de lui donner la première place, pour la dernière fois. C’était son enterrement à lui, quand même, l’unique occasion, depuis son mariage, de se tenir au milieu de l’allée centrale. Pourquoi ce petit-fils déplaçait-il l’intérêt sur Jésus ? Maladresse et malaise.

    Et puis, insensiblement, certaines consciences se sont éveillées à une autre perspective.  A mesure que parlait cet étudiant atypique, se forma dans l’assemblée l’idée que Jésus était bien la source et l’avenir de ce beau grand père. Que s’il avait aimé, c’était parce que Jésus avait inspiré sa vie, que s’il avait souffert, c’est en étant inclus dans la souffrance du Christ, s’il avait donné et rayonné autour de lui, c’est par la force du Christ. Et que la mort était peut-être une simple mais douloureuse étape dans un élan pascal plus surnaturel.
Un étrange et bienheureux malaise…
P. Dominique THEPAUT

Qu'allait donc faire Jésus aux enfers le Samedi Saint ?

Qu'allait donc faire Jésus aux enfers le Samedi Saint ?

« Anastasis » ou Résurrection / église Chora / 1315-1320 / Fresque / Istambul.
    Ce n’est pas une question de curieux, mais un moment fort de la vie chrétienne : plus de messe ni de baptême en ce jour-là. Jésus a abandonné les autels et les cuves baptismales. Le Credo note : « Il est descendu aux enfers ».
    Les icônes byzantines ne représentent jamais le moment-même de la résurrection. Elles dépeignent la «descente du Christ aux enfers», imaginant le Christ faisant sortir Adam et Eve des enfers et de leurs enfermements. Dante avait créé l’inscription à l’entrée de ces lieux : « Toi qui entres ici, abandonne toute espérance ».
    Dans cette icône, sous les pieds du Sauveur, l'abîme noir des enfers, dans lequel gisent dispersés, les serrures, les clés et les portes qui bloquaient tout espoir pour les morts. Voici que le Christ bouscule tout en ces culs de basse fosse !
    Vêtu de blanc,  il tend la main à nos parents de la Genèse. Adam, prototype de l’humanité, se précipite vers lui ; Eve a du mal à sortir des profondeurs. A la droite du Christ sont représentés des personnages de l'Ancien Testament qui saluent sa venue. A sa gauche se trouvent les pécheurs, conduits par Caïn : ils semblent indécis. Ceux que le mal a blessés saisiront-t-ils la main de Jésus ?
    Cette icône reflète l'ambiguïté de la réponse au salut opéré par le Christ : le chemin de la résurrection est ouvert à toute chair, mais nous ne savons pas si tous ont suivi le Christ quand il a brisé les barres des enfers.
Dans une perspective plus intérieure, considérant l’action du Christ en chacun, le côté en nous qui toujours espère est heureux de s’accrocher à Jésus, mais toute une part de notre âme hésite ou résiste encore. Complexité de notre être !
Avant que retentisse pour nous l’Alleluia du matin de Pâques, le Christ libère déjà nos défunts prédécesseurs des enfermements de la mort. Là réside le beau mystère du Samedi Saint : une première levée d’écrou !
P. Dominique THEPAUT

*Vous avez bien noté le pluriel « les enfers » que l’on distingue de « l’enfer » que la doctrine chrétienne désigne comme une catégorie des « fins dernières », à côté du paradis et du purgatoire. Dans la culture de Jésus, les enfers (ou le « Shéol ») désignait plutôt le lieu où tous les vivants se retrouvaient après leur séjour terrestre. Un lieu de vie résiduelle et sans espoir telle une prison…