Jésus chassant les marchands du Temple

Jésus chassant les marchands du Temple

Cette fresque  fait partie d’un ensemble plus vaste dans la chapelle des Scrovegni à Padoue. La scène a lieu sur le parvis du Temple.
     Giotto suit de près le texte de Jn 2, 13-25. Les réactions des personnages présents montrent  l’énergie du Christ. A sa droite les apôtres, à sa gauche les marchands et les scribes qui marmonnent.
    Le Christ lève la main sur un marchand. Son visage est empreint de détermination. Les marchands s’enfuient, l’un d’entre eux cherche à se protéger. Les animaux s’échappent. Les colombes sont également présentes, notamment dans les mains de l’enfant qui se réfugie auprès de saint Pierre. Un autre enfant en tunique rouge s’agrippe aux vêtements de saint Jean qui se penche vers lui pour le consoler.
    Les artistes réussissent à nous faire entrer dans des correspondances. Ainsi nous sont suggérées des perspectives au-delà de nos sens.
Le Temple dont il est question est une allusion à l’Église. Il faut sans doute y bousculer des situations qui manquent à sa sainteté ordinaire. Ecclesia semper reformanda (l’Eglise doit toujours être réformée).
    Le Temple est aussi l’image de l’âme du fidèle qui doit accepter la purification intérieure apportée par le Christ. Même si ce nouveau regard sur notre vie risque d’être aussi violent qu’un coup de poing au ventre.
    Chers fidèles chrétiens, depuis combien de temps n’avons-nous pas été estomaqués ou bousculés par le Dieu vivant ? En Carême, laissons la détermination du Christ interroger une pratique religieuse qui se limiterait trop à la paix dans nos habitudes. Etre chrétien est aussi un combat spirituel, une remise en cause du plan-plan qui allait de soi.
    Sortant du désert où l’Esprit l’avait conduit, Jésus a appris à nommer le mal et ses compromissions. Impossible de combattre l’ennemi de la vie sans oser le désigner clairement, y compris en ses lieux sacrés.
    Quels étals de marchands, quels ‘accommodements raisonnables’, quels équilibres d’une morale bien souple le Christ doit-il renverser pour établir sa présence divine, dérangeante, forcément dérangeante… ?
    Vous avez compris que l’on est ici assez loin de l’introspection personnelle, d’un ‘connais-toi toi-même’ de philosophe. C’est bien l’action étonnante du Christ qui est facteur de changement pour chacun.
P. Dominique THEPAUT

Droits de l'enfant ou droit à l'enfant ?

Droits de l'enfant ou droit à l'enfant ?

Le sacrifice d’Isaac / Rembrandt / Musée de l’Ermitage / St Petersburg / Russie

      Dans ce tableau, nous sommes attirés par deux taches de lumière : celle du torse d’Isaac, et celle du couteau suspendu dans l’espace. L’enfant ne se débat pas ; il ne voit pas la lumière, la main d’Abraham lui masque les yeux.
Abraham se soumet à ce qu’il croit être la volonté de Dieu. Mais Dieu peut-il souhaiter voir répandu le sang d’un enfant ?
      Et puis l’ange arrive, porteur d’une autre lumière ; ses yeux expriment comme le frisson de Dieu devant l’horreur d’un tel drame. Il arrête le bras d’un Abraham hébété, qui ne comprend pas encore très bien.
Abraham va bientôt libérer son fils, lui rendant la lumière et la vie. Derrière l’ange, s’ouvre un ciel, une perspective, un chemin au-delà de la violence.
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REGARD SUR L'ACTUALITE POUR MIEUX COMPRENDRE :
Droits de l’enfant ou droit à l’enfant ?

     En cette période incertaine pour nos sociétés en situation de crise sanitaire, le Gouvernement semble vouloir faire aboutir trop rapidement un projet de loi révisant la bioéthique. Les dispositions à l’étude présentent des risques graves pour notre société : l’ordre de la filiation humaine en serait bouleversé, les ‘droits de l’enfant’ disparaitraient au profit du ‘droit à l’enfant’. Les recherches sur les embryons humains seraient aussi facilitées, au mépris de leur intégrité.

    Dans ce contexte, l’Académie Catholique de France, dans une communication parue le 04 Février 2021 (Site:academiecatholiquedefrance.fr) nous propose des pistes de réflexion mettant en lumière les pièges qui se cachent dans l’argumentation des débats officiels sur ce projet de loi.
Père  D. THEPAUT

Tu marcheras sur la vipère et le scorpion, tu écraseras le lion et le Dragon. (Psaume 90)

Tu marcheras sur la vipère et le scorpion, tu écraseras le lion et le Dragon. (Psaume 90)

Retable protestant de Montbéliard /  Détail / vers 1540 /
Musée de l’Histoire de l’art / Vienne (Autriche).
Jésus chassant les démons avec autorité et guérissant ceux qui venaient à lui.

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Un groupe d’enfants du catéchisme visite la cathédrale et passe devant le vitrail qui montre Saint Paul Aurélien terrassant un dragon. 
– Dis Madame, pourquoi il y a un dragon ? 
Un autre garçon ajoute qu’il a vu d’autres dragons sculptés aux pieds des évêques dont les gisants entourent le déambulatoire. Nous voilà dans l’imaginaire des jeunes et leurs jeux  peuplés de ces drôles de bestioles. Situation spirituellement intéressante dans la petite discussion qui s’ensuit.
La dame catéchiste répond en racontant l’histoire de Saint Paul Aurélien qui a mis fin aux ravages de ce dragon dans la population du Haut-Léon. En beaucoup de communes se rencontrent des lieux-dits Toul ar zarp (le trou du dragon) comme à Guiclan, ou bien à l’Île de Batz où cet animal maléfique a été englouti définitivement par la puissance surnaturelle de Paul Aurélien.
     Un autre enfant demande alors :  -  Y a-t-il encore des dragons aujourd’hui ? 
Il formule là tout le problème. La catéchiste aurait pu répondre que ce sont des légendes et que, maintenant, nous vivons dans un monde bienveillant où les dragons sont gentils. Mais cette dame de 70 ans sait bien que chacun mène un ‘combat spirituel’ où le mal, la méchanceté, les attaques de la maladie, et les malheurs du temps affectent intérieurement les gens jusqu’à les perdre.
     Dans les évangiles de ce début du mois de février, ce sont des esprits maléfiques que Jésus combat. Ne rions pas : nous sommes en zone sérieuse, sur un théâtre d’opérations militaires, et le Prince de ce monde a bien des ruses. Rien de spectaculaire dans ce combat, mais tout est vital : comment faire face au mal, à la maladie qui m’assaille, moi qui me croyais sage et innocent… Et puis, j’en suis moralement infecté : cela fausse mon agir. Je me dégoûte dans ma situation de victime et d’auteur du mal. Qui me sauvera ?
     Guérir et être délivré des démons est une seule et même action de Jésus. Le mot salut désigne d’ailleurs aussi bien la santé que le sauvetage de la personne.
La foi chrétienne affirme que Jésus a vaincu le mal et la mort en leurs racines. Ne subsiste que le ‘mal résiduel’, qui fait encore  bien souffrir les âmes et les corps. Jésus le sait et nous entraîne à prier le Père : nous terminons avec lui sa prière par ‘Délivre-nous du mal’. Gardons à l’esprit que Satan n’est qu’un vaincu et que déjà, au jour de notre baptême, nous y avons renoncé trois fois pour nous laisser toucher et guérir par le Christ sauveur.
Père  Dominique THEPAUT

L'appel de Matthieu

L'appel de Matthieu

La vocation de Matthieu / détail / Le Caravage / Peinture vers 1600 /
Eglise Saint-Louis des Français à Rome.        

     Les évangiles des deux dimanches à venir nous font entendre l’appel des disciples. Tout paraît simple : Jésus dit « venez » et des pêcheurs le suivent. A l’inverse, l’appel de Matthieu est ici représenté de manière plus complexe.
         Le personnage central est Lévi que Jésus appelle. Jésus semble peu impératif, car Lévi est étonné qu’on puisse ainsi s’adresser à lui, collecteur d’impôts, collaborateur actif de l’occupant romain. Il se montre du doigt, attendant une confirmation. Est-ce cela suivre Jésus : se désigner soi-même comme chrétien ? Jésus est relégué dans un coin sombre du tableau, et est même masqué par ne peut rien sans l’accord intérieur de notre liberté.
     Levi représente le monde que le Christ relève : « Sao da gein ! ». Jésus nous fait décrocher de nos fonctions justificatrices (je ne suis pas qu’un percepteur, un prof, un parent…). Le changement du nom de Lévi en Matthieu marque cela.
      Les deux hommes à gauche, inclinés vers la table, restent fascinés par l’argent. Ils n’ont de contact avec personne d’autre. L’argent est le grand isolateur des relations, un antidote parfait contre le surnaturel. Il fait croire qu’on devient juste parce que l’on rend des comptes justes. C’est un trompeur qu’il faut manipuler avec précaution, au risque de perdre son âme.
       Le personnage de droite prend toute la lumière en restant le témoin indifférent d’une action qui le dépasse. Il nous ressemble assez quand nous sentons quelque chose sans pouvoir en mesurer encore  la signification. On peut remarquer qu’il est tout jeune. Faut-il avoir un peu plus d’âge et d’épaisseur humaine pour saisir que sa vie complexe est l’objet d’un appel de Dieu ?
       Nous retiendrons enfin que l’agir de Jésus est ici loin d’être spectaculaire. Seul Matthieu perçoit nettement l’invitation du Seigneur. Tout est signe, mais signe faible, élément d’abord perceptible aux cœurs inquiets.
           Père D.THEPAUT